CHAPITRE XVII
Souverain Pontife, il y a trois ans, se déclarent d'une manière effrayante. » Et trois jours après, s'expliquant sur ces maux : « C'est, disait-il, la haine du Saint-Siège, c'est iimpiété voltairienne, et quelque chose de pire encore en fait d'impiété, dont j'ai voulu parler. » Et bientôt après, en elï'et, un jeune philosophe écrivait : < L'idée de Dieu est en péril. » On n'en vivait pas moins dans une trompeuse sécurité. Il est plus commode d'ignorer certaines choses que de les voir; mais lui, sentinelle vigilante, il voyait, parce qu'il regardait.
Deux des hommes les plus attentifs aussi au mouvement des doctrines qu'il y eut alors dans le clergé, le P. Gratry et le P. de Yalroger, signalaient d'ailleurs infatigablement à l'évèque d'Orléans cette sourde infiltration d'impiété qui se faisait dans la société contemporaine. Un fait très grave à ce point de vue, bien qu'il ne parût pas dirigé directement contre la religion, une candidature académique, vint décider l'évèque d'Orléans à pousser le cri d'alarme. Cette candidature était celle de M, Li'.tré.
Qu'était-ce que M. Littre? En dehors des écoles et du public savant, cet écrivain était encore peu connu; M. de Montalembert lui-même n'avait guère lu de lui que quatre articles, fort sérieux, sur ses Moine* d'Occident; c'était cependant le chef d'une école très dangereuse, qui, dédaignée tant que régnaient M. Cousin et la philosophie spiritualiste, avait fait néanmoins de rapides progrès dans la jeunesse des écoles, à cause de ses prétentions scientifiques, et parmi les ouvriers à cause de ses affinités avec les doctrines révolutionnaires, et des conséquences socialistes formellement déduites par cet écrivain.
Le positivisme, en effet, n'est pas autre chose, malgré les dénégations peu philosophiques de l'école, que l'athéisme et le matérialisme sous des apparences scientifiques. L'étude des ouvrages de ce candidat donna le frisson à l'évèque ; il ne s'était pas encore trouvé en face de négations aussi crues et décidées, et de déductions aussi vigoureuses et aussi rigoureuses, étant donné le point de départ. Et ce qui l'émut encore plus, ce fut de voir que M. Liltré n'était pas seul; d'autres écrivains surgissaient.
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qui arrivaient par des méthodes différentes au même résultat, et rainaient toute foi, non seulement chrétienne, mais rationnelle dans les esprits. Tels étaient M. Renan, que des écrits récents avaient mis en grande lumière, M. Renan, chose cruelle pour l'évèque, son ancien élève au Petit Séminaire de Saint-Nicolas, et un jeune écrivain plein de talent et d'audace, M. Taine, qui venait de faire une entrée brillante et bruyante dans la littérature par une attaque ouverte contre les philosophes spiritualistes. En de telles circonstances surtout, appeler aux premier honneurs de l'esprit français l'apôtre du matérialisme, de l'athéisme et du socialisme, dresser à de telles doctrines un tel piédestal, parut a l'évèque d'Orléans un scandale et un désastre. D'autant plus que par la brèche que ferait .M. Littré tous les autres passeraient.
Membre de l'Académie, il crut de son devoir de combattre une telle candidature, non certes à cause du personnage lui-même, qui était honorable, mais à cause de ses doctrines subversives, et de tout l'ensemble de la situation religieuse.
11 fallait, pour engager cette lutte, quelque courage. Comment espérer, en etfet, écarter de l'Académie un écrivain qui, d'autre part, avait des titres littéraires incontestables? car dans sa vaste encyclopédie d'études, M. Littré avait embrasse la philologie aussi, et nul ne connaissait aussi à fond l'histoire de la langue française : l'Académie n'avait-elle pas besoin d'un tel erudit pour son œuvre éternelle, son dictionnaire? De plus, quelle apparente intolérance dans une telle exclusion, et comment y entraîner des littérateurs a esprit large, tels que les membres de l'Académie française? Et si l'évèque échouait dans cette tentative, que devenaient son prestige et sa grande autorite à l'Académie? Aussi, tous les amis de l'évèque furent-ils effrayés quand il Leur annonça l'intention de publier un écrit pour écarter de l'Académie M. Littré. •< L'autre soir. lui écrivit M, Cucliin. j'étais a la place Saint-Georges1, et il a été beaucoup question de la candidature de M. Littré. Le