L. C'est-à-dire chez H. Tbi
CHAP1TREX XVIII. 3.17
succès est certain. Il importe de ne pas le colorer davantage et en faire un événement. M. Thiers est ardent pour. Il dit qu'il ne faut pas briser le pacte de tolérance dont l'Académie est la représentation vivante ; que le candidat est nécessaire au dictionnaire: que sa vie est grave, son caractère pur; qu'on ne comprendrait pas contre lui des scrupules qui n'ont pas été opposés à des vaudevillistes libertins; qu'il faut laisser passer, en votant contre, si l'on veut, mais sans crier, tempêter, etc. Je vous redis ces choses parce qu'il y a là vraiment une situation bien délicate. »
Les objections furent plus fortes encore quand ils eurent vu l'écrit sous sa forme première : l'évèque l'avait conçu, non comme une réfutation, mais comme une exposition, une mise au pilori de ces capitales erreurs, contre lesquelles la raison du genre humain a prononcé. « On ne sait pas, disait-il, ce qu'est M.Liltré; nul ne prend la peine de lire et de regarder. Voyez, M. de Montalembert luimême ne le connaît pas. L'Académie ne sait pas ce qu'elle fait en le nommant, il faut que je le lui dise. Qui le lui dira, si moi, évèque, je ne le fais pas?» Il y avait là, pour lui, un devoir impérieux d'honneur et de conscience, et de plus une admirable occasion de pousser un grand cri et d'avertir. La raison française, autant que la foi, lui paraissaient, selon l'expression de M. Garo, en péril. C'est pourquoi, et pour n'avoir pas l'air de combattre un homme, mais des idées, il avait donne à l'écrit une portée plus générale, et signalait, avec M. Littré et l'école positiviste, d'autres écoles sous les noms de MM. Renan et Taine. ei aussi, mais nous avouons n'avoir pas bien compris pourquoi, à cause de son importance secondaire, M. Ch. Maury. Et convaincu qu'il suffirait de montrer « le monstre», comme il disait, c'est-à-dire l'athéisme, le matérialisme, le socialisme, il s'était home d'abord à une simple exhibition de textes, dont il n'avait pris que les mots décisifs. Mais sous cette forme l'écrit manquait d'ampleur et de lumière. Un écrivain comme M. Renan, par exemple, ondoyant et nuancé, ne se laisse pas facilement résumer en une phrase, un mot. On le lit sentir à l'évèque qui, cou-
rageusement, refondit son travail. « Si je m'obstine à ce triste travail, écrivit-il alors à M. Cochin, c'est que je ne crois pas avoir en ce moment de plus impérieux devoir à remplir sur la terre. Mais je crois comme vous, comme notre ami de la rue du Bac1, que cet Avertissement ne doit paraître que s'il est souverain. Si donc, après avoir fait tout ce que je puis, je ne suis pas parvenu à ce souverain, je renonce de grand cœur à ce que j'aurai fait, et le reste regardera le bon Dieu. »
L'écrit, sous sa forme nouvelle, parut d'une portée tout autre, et M. Cochin lui-même lui écrivit : < C'est diflérent; c'est ample, plein, fort, serein, pressant; je comprends maintenant que cela devient digne de vous, i II n'en persistait pas moins à conjurer Pévêque de ne le publier qu'après l'élection. « Vous n'empêcherez pas, disait-il, M. Littré, et vous aurez l'air de n'agir que pour cela: vous serez oublié après son succès, tandis que vous empêcheriez M. Renan, ce qui est bien plus important, avant même qu'il soit candidat. M. Berryer, à qui vous m'aviez dit de parler de l'élection, et à qui je n'ai pas cru indiscret, sachant comme vous l'aimez et comme il vous aime, de parler de votre projet, est du même avis. Avant, c'est une manœuvre tardive et impuissante; après un blâme solennel, un acte d'évêque, un garde-a-vous sur des noms plus dangereux. »
Sur ces entrefaites, M. Cousin, revenu de Cannes tout exprès pour ce vote important, courut sur-le-champ chez l'évéque, rue Monsieur. On l'avait alors à peu près décide à ne publier qu'après l'élection, «r Après! s'écria M. Cousin, en levant ses grands bras, Monseigneur, après! » Et il ^e mit à développer éloquemment toutes les fortes raisons qui, selon lui, militaient pour que l'écrit lût publié avant. Quand M. Cousin sortit, l'évéque était radieux, < Voyez, nous dit-il, ce que c'est qu'un esprit philosophique ! M. Cousin entend mieux que tous ces littérateurs la question des doctrines : il voit bien que le spiritualisme est ici en cause autant que le christianisme, et que la liberté de
1 M. de Montalembert.