‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 177 sur 231 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

conscience ne doit arrêter personne, car chacun est bien maître de son vote et libre de servir ses idées. Figurezvous qu'il m'a fait douze arguments pour me démontrer qu'il fallait publier, non après l'élection, mais avant. »

Qu'on ne s'étonne pas de ce rôle de M. Cousin, et de ces rapports entre le philosophe et l'évêque. Comme dans la question romaine, M. Cousin était conséquent ici averses doctrines. Il y avait longtemps, du reste, qu'il voyait venir ces négations radicales qui allaient saper les vérités de raison non moins que les dogmes de foi. a On verra, on verra, s'écriait-il souvent, si c'est moi que les catholiques doivent traiter en ennemi, et quelles seront bientôt les attaques dont ils ne soupçonnent même pas le caractère. > Si alors l'illustre philosophe n'était pas encore avec nous, il était en marche vers nous. En 1854, préparant une nouvelle édition de son livre : Du Vrai, du Beau et du Bien, résumé de sa philosophie, il s'ai 'ait des conseils d'un prêtre que L'évêque d'Orléans lui avait indiqué : celui-ci espéra même un moment qu'il en enverrait à l'évèché d'Orléans les épreuves. Le livre parut, pur sinon de tout rationalisme, du moins de toute formule panthéistique, si bien que le philosophe écrivait avec confiance au directeur de l'Ecole des Carmes, M. l'abbé Cruice, en lui en adressant un exemplaire : « Mon Dieu peut porter la Trinité chrétienne. » Et : t Si vous aimez la patrie et la liberté, disait-il dans la préface de ce livre, fuyez ce qui les a perdues. Loin de vous cette triste philosophie qui vous prêche le matérialisme et l'athéisme comme des doctrines nouvelles destinées à régénérer le monde; elles tuent, il est vrai, mais elles ne régénèrent point. N'écoutez pas ces esprits superficiels qui se donnent comme de profonds penseurs, parce que, après Voltaire, ils ont découvert des difficultés dans le christianisme ; vous, mesurez vos progrès en philosophie par la tendre vénération que vous ressentirez pour la religion de l'Evangile. » Ainsi parlait ce philosophe que poursuivait déjà de ses sarcasmes une jeune école d'athéisme.

Etait-il opportun, en ce moment, — qu'on nous pardonne cette digression, nécessaire pour expliquer cette

commune intervention de Msr Dupanloup et de l'ancien chef de l'éclectisme, — était-il opportun d'infliger une condamnation personnelle à l'homme qui tenait ce langage, et à propos d'erreurs assez connues pour n'avoir pas besoin d'être de nouveau signalées? N'oublions pas les torts, les erreurs, les défauts de M. Cousin, j'y consens, mais à la condition de ne pas oublier non plus ce spectacle d'un adversaire du christianisme devenant, après les leçons de l'expérience et dans la plénitude de ses facultés, un ami du christianisme, s'en exprimant sans affectation, sans respect humain, occupé sans cesse, comme du plus grand objet de l'intelligence humaine, de Dieu et de la religion, trop sincère pour se laisser pousser au delà de ce qu'il pensait de bonne foi, mais trop courageux pour ne pas mépriser l'impopularité répandue sur la religion, pour ne pas reven liquer même et porter gaîment sa part de cette impopularité injuste? L'évêque d'Orléans était complètement dans ces pensées: mais d'autres poussaient de toutes leurs forces à une mise à l'index. Ce zèle était-il, chez tous, aussi pur qu'on le disait? .N'y avait-il pas iàdessous, pour quelques-uns, un ressouvenir de la loi abhorrée de 1850. dont .M. Cousin était l'un des auteurs? pour d'autres, une façon de se consoler des condamnations récemment portées contre des doctrines philosophiques dont ils ne s'étaient pas assez défendus, ce traditionalisme excessif qui n'allait à rien moins qu'à nier la raison, et, par suite, à ruiner l'apologétique par sa base1? Et, de plus, en frappant M. Cousin, n'espérait-on pas en frapper d'autres indirectement, et qu'il en rejaillirait quelque chose sur ces catholiques amis de M. Cousin à l'Académie, et avec lesquels on était alors en si vive guerre? Ohl qu'il faut prendre garde que des passions humaines ne se mêlent à notre prétendu zèle ï

ôuoi qu'il en soit, l'évêque d'Orléans était pleinement, avec M?rSibour et M. l'abbé Maret, pour qu'on épargnât a cet homme illustre une iletnssure d'un profit douteux,

1. Nous faisons allusion ici aux propositions que Rome fit souscrire

en 1855 à l'un des chefs du traditionalisme, l'honorable M. Bonnettv.

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