‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 178 sur 231 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

d'un fâcheux effet certain sur cette àme et sur beaucoup d'autres, sur cette multitude immense qu'il appelait les hommes de frontière, c'est-à-dire ces hommes qui, sans avoir fait le dernier pas, inclinent vers nous, qu'on peut rapprocher encore par la charité, mais repousser à jamais par la violence. L'Eglise, du reste, n'avait-elle pas assez d'ennemis pour qu'on ne lui en créât pas à plaisir, assez de luttes pour qu'on n'écartât pas les auxiliaires? Averti, M. de Falloux se hâta d'écrire à Rome pour faire sentir les inconvénients de cette rigueur. On lui répondit que la condamnation était déjà formulée à l'Index, mais qu'elle était entre les mains de Pie IX; que Pie IX ne s'était pas encore prononcé, et que si l'on s'adressait au Pape luimême, on avait chance d'être écouté. L'évêque d'Orléans et M. de Falloux demandèrent aussitôt à M. Cousin d'écrire lui-même une lettre au Pape; M. Cousin y consentit sans aucune résistance. La lettre, remise par lui en double à M. de Falloux, a été publiée par celui-ci, après la mort du philosophe, dans le recueil des lettres de M^Swetchine1. Il nous appartenait de constater la part qui revient, dans ce fait, honorable pour l'Eglise, à l'évêque d'Orléans.

Donc, après avoir entendu M. Cousin, ce fut fini, et l'évêque songea non plus à délibérer, mais à agir. Son activité fut prodigieuse : visites multipliées, discussions, lettres pressantes, il ne négligea rien; la veille de l'élection, tous les académiciens qui lui paraissaient n'avoir pas de parti pris, et susceptibles d'être convaincus, reçurent la brochure avec une lettre, calculée d'après la tournure d'esprit de chacun d'eux. Il y en eut que cette brochure, lue pendant la nuit même, renversa : ils ne savaient pas un mot de ce que leur apprenait l'évêque. Il échoua pourtant auprès de M. Thiers, qui songeait à sa future candidature au Corps législatif, et ne voulait pas la compromettre, et auprès de M. Patin, qui prétendait que l'Académie ne pouvait se passer de M. Littré pour le dictionnaire.

C'est alors que l'évêque d'Orléans eut avec M. Thiers,

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