‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 179 sur 231 · Lettres de Mm? Swetchine, t. III · texte numérisé non relu

Lettres de Mm? Swetchine, t. III

sur l'athéisme, une conversation mémorable. En nous la racontant, il fondait en larmes, «r Comment peut-on, disait M. Thiers, être athée? Est-ce qu'il n'y a pas un calcul évident dans le monde?... Donc il y a un calculateur... sublime!... Mais Dieu n'est pas seulement grand et puissant, il est bon. d Et, se détournant, et regardant une gravure : * Voyez, disait-il, Monseigneur, comme c'est beau une gravure! Il y manque pourtant quelque chose, la couleur. Eh bien. Dieu aurait pu ne faire aussi du monde qu'une gravure : il en a fait un tableau, i Et poursuivant : « Oui, disait-il, Dieu est bon, et je Eaime. Et si la lumière me manque encore pour le servir selon toute la vérité, [triez pour qu'il me l'envoie quelque jour. Et l'évêque répondait : c Oui, continuez à l'aimer, à le chercher, à le prier. Il éclaire toujours qui en est digne. » « Que cette âme serait belle si elle était chrétienne ! » écrivait i'evè que, ému, à un ami.

Le plus malheureux de tous était l'excellent M. Ampère, qui se débattait entre son affection pour l'évêque, qu'il était désolé de contrister. et son principe de liberté de conscience, qu'il craignait de sacrifier. Un curieux échange de lettres eut lieu à cette occasion entre l'évêque et l'honnête académicien, qui, au second tour de scrutin, abandonna M. Littré. En fin de compte, l'athéisme n'entra pas à l'Académie : l'évêque d'Orléans, ce jour-la, lui barra le passage.

Les clameurs qui s'élevèrent contre lui dans la presse à cette occasion sont inouïes. Ce que nous allons dire fera voir une fois de plus combien on s'expose à juger mal les grandes âmes quand on écoute les accusations passionnées de ceux qui, ne les connaissant pas et n'étant pas a leur hauteur, ne peuvent que les abaisser en leur prêtant leurs propres pensées. L'àme d'un vrai et grand évèque, la voilà; elle transpire dans la lettre suivante que. après la séance ou M. Littré avait été écarté, il crut devoir lui écrire, et dont la beauté n'a d'égale que sa sincérité :

c Paris, jeudi soir. 23 mai 1863. Monsieur, si vous me rendez justice, vous croirez a la sincérité du mouvement qui me porte à vous écrire. Je n'ai pas voulu que cette

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