CHAPITRE XVIII
journée prît fin sans que je vous eusse exprimé uuelle tristesse il m'en reste et quels sentiments partagent mon
» Xe croyez pas que cette tristesse ait pour cause les accusations qui s'élèvent contre moi. Je les avais prévue, et ne ferai rien pour les détourner. II me suffit de ne pas les mériter. '
> Mais je suis triste, Monsieur, en pensant à vous en me disant qu .1 m'a fallu combattre un homme dont le, qualités mentent mon hommage, blesser un homme que je voudrais toucher, augmenter l'affliction de ceux qui vous aiment. Laissez-moi vous tendre la main laissezmoi vous prier de ne pas délaisser, à cause des souvenirs de ce jour, la religieuse recherche du vrai dans ce, capitales questions qui sont le suprême intérêt de ou te vie humaine. Ce noble labeur est bien au-dessus de tout le reste.
)) Souffrez donc, Monsieur, que j'invoque ardemment ce Dieu en qui j adore notre commun Père, afin qu'il vous éclaire sur ce qui est la vérité et sur la fragilité de vos doutes, afin qu'il vous manifeste aussi, permettez-moi de ajouter, la pureté de mes intentions et la sincérité de l estime que je conserve pour votre caractère.
» Agréez, Monsieur, tous mes respects.
„, . . ))F-, évèque d'Orléans.»
Lt, ayant fait contre les dangereuses doctrines, qui malheureusement se personnifiaient dans cet homme honnête et sincère, ce que sa conscience lui avait imposé, l'évèuue se promit à lui-même, et se tint parole, de ne plus jamais prononcer dans aucune polémique le nom de M. Littré.
L'effet de l'écrit sur le public fut considérable. Estimant ces doctrines jugées par la conscience du genre Humain, il ne discutait pas, il exposait et réprouvait- de même que le phare indique recueil, il montrait, quelles que fussent les routes parcourues, au bout de tous ces systèmes, le même abîme. En un mot, selon le titre de son écrit il avertissait. Et il s'étonnait d'être le seul à avertir
«11 y a pourtant des philosophes en France ! s'écriait-il
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33i VIE DE MONSEIGNEUR DU PAN LOUP.
en terminant; est-ce que la saine raison, non plus que ia vraie liberté, ne trouveront plus de défenseurs parmi nous? Est-ce qu'on me laissera parler seul ?
»Car enfin, c'est la raison que je défends plus encore que la religion: la raison, la philosophie, qu'on abandonne à vos coups.
» Eh bien, oui, je parlerai pour elles, puisque nul ne parle, et c'est aux philosophes, aux spiritualistes, à vos amis, à vos admirateurs, à vos collègues, aux magistrats, que je dirai : Quoi ! vous vous laissez dérober le peu qui vous reste, Dieu, l'âme, la distinction du bien et du mal 1 11 faut qu'un prêtre parle pour vous ! Ce n'est pas tant mon Eglise, c'est votre maison qu'on dévaste, c'est le principe de vos lois, le sujet de vos livres, le fond de vos doctrines, la protection de votre foyer, les mœurs de vos enfants !
» Ah ! certes, je le sens, en finissant : oui, j'ai bien fait. Je suis évèque, non pour me reposer, mais pour avertir ceux qui ont besoin d'être avertis. »
11 n'avait, hélas! que trop raison, et l'impiété, don! tout favorisait l'explosion, grandissait toujours: sur ce nouveau champ de combat, l'infatigable et intrépide évèque sera forcé de descendre encore souvent.
Quelques jours après la publication de cet Avertissement, il écrivait à M. Cochin : ((J'aurais bien des choses touchantes à vous raconter sur les suites de mon Avertissement* Je sais d'ailleurs positivement que ces quatre Messieurs s'étant reunis. M. Littre a dit, comme il me l'a écrit : (( L'évèque d'Orléans a fait ce qu'il a cru son devoir. Ses convictions ne sont pas les miennes, mais je n'ai rien a lui répondre parce que je ne puis rien démontrer.» M. Renan aurait fait entendre que j'étais le seul auquel il ne lui fût pas possible de faire réponse comme il le voudrait; sur ce, il paraît que l^s deux autres, quoique très animés, se sont décides, pour le moment du moins, à ne rien faire. Mais la bénédiction spirituelle répandue à cette occasion sur un grand nombre d'àmes est vraiment admirable. »
L'année suivante, l'évèque d'Orléans eut le courage de