‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 181 sur 231 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

soutenir à l'Académie une autre lutte non moins délicate: un des écrivains signales par lui, M. Taine, avait présenté au jugement de l'illustre assemblée un travail considérable de critique littéraire, son histoire de la littérature anglaise : c'était chose ardue encore que d'empêcher un tel livre, soutenu d'ailleurs par de puissants patrons, au sein de l'Académie française, d'être couronné. Mais le devoir était le même que pour la candidature de M. Littré : le courageux évêque n'hésita pas. Lorsque plus tard le même écrivain, par un autre important ouvrage, entrera dans une voie meilleure, nous verrons l'évéque d'Orléans s'empresser de lui rendre hommage, tant il est vrai que, dans ses polémiques, il poursuivait les idées, non les personnes.

Cependant, grâce en partie à la guerre d'Italie, la marche de l'impiété, loin de se ralentir, s'accélérait ; la Révolution aussi. C'était logique. 11 n'y a pas en effet d'illusion à se faire sur les conséquences de cette guerre faite au Pape. Au point de vue politique, elle fit l'unité italienne, et l'unité italienne suscita l'unité allemande qui devait nous écraser. Au point de vue religieux et social, cette même guerre déchaîna la guerre contre Dieu, et celle-ci accéléra la guerre contre la société. Ces fautes s'enchaînent fatal? ment, et là aussi l'abîme appelle l'abîme.

Attentif à ce double péril, l'évéque d'Orléans était effrayé de deux choses, de ces progrès incessants du mal, et de l'indifférence universelle. La prospérité matérielle du pays et la sécurité que l'Empire entretenait à la surface, endormaient une société frivole et légère, et les symptômes les plus menaçants passaient sans apporter ni une révélation ni une inquiétude. En Suisse, en Belgique, à nos portes, des congrès se tenaient, où se précipitait la jeunesse française, et de sauvages cris de guerre étaient poussés contre l'Eglise et contre la société. Mais pas plus que les productions impies, les congrès matérialistes et démagogiques ne causaient aucune alarme. L'Avertissement à la jeunesse et aux pères de famille avait retenti un moment dans les consciences ; mais Y Avertissement n'avait pas

tout dit. Il avait montré les doctrines qui étaient dans les livres ; mais tant que les doctrines ne sont que la, elles n'effrayent guère : il y avait à les montrer passant déjà dans les faits : peut-être les intérêts menacés donneraientils plus de clairvoyance. L'évêque d'Orléans surveillait donc l'occasion de pousser encore un cri. Un incident inattendu vint la lui fournir.

Comme en 1840 et 1856, avec une étrange périodicité, une terrible inondation de la Loire eut lieu au mois de septembre 1866. Nous n'oublierons jamais la soirée du 20 septembre a Orléans. Pressés sur les quais et sur le pont de leur fleuve,, les Orléanais regardaient, impuissants et mornes, les eaux, qui montaient, montaient toujours : et il était facile de prévoir que la lune, qui brillait en quelque sorte ironiquement aux cieux, éclairerait de grands malheurs. £n ellet, pendant la nuit, les digues crevèrent sur plusieurs points. Grâce à la rapidité des communications télégraphiques, la vie des personnes put être sauvée presque partout. Mais les ravages furent affreux. C'est une justice de le dire : chacun fit son devoir. Mais, comme toujours, l'evèque se montra admirable d'activité et de charité. L*évèche fut ouvert aux inondes, et des centaii^ de personnes y trouvèrent un asile et des secours de toute initure. jusqu'à ce que la retraite des eaux leur permît de regagner leurs habitations dévastées. De plus. Févêque alla visiter de sa personne plusieurs des villages inondés. L'argent lui arrivait de tous côtés. Il avait tant et si souvent demandé pour les autres; on se souvenait de lui. Et non content de secourir les détresses présentes, il entreprit de pourvoir à l'éducation des enfants, afin de soulager d'autant leurs familles, et il en plaça, dans diverses maisons, un grand nombre. Puis, l'œuvre de charité étant faite, aussi largement qu'il avait été possible, il songea à un acte de charité plu's haute, qui était de tirer de ce désastre et de tous ceux qui nous éprouvaient depuis quelque temps, les enseignements que. selon lui, ils contenaient. Il publia donc une lettre pastorale qu'il intitula : les Malheurs et les signes du temps, adressée à la France, évidemment, non moins qu à ses diocésains, et dans laquelle,

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