CHAPITRE XVIII
passant en revue les calamités qui depuis quelque temps s'accumulaient, guerres, pestes, tremblements de terre, inondations, il demandait s'il n'y avait pas lieu de faire un retour sur nous-mêmes et de mettre à profit les avertissements sévères de Dieu.
« On l'oublie trop, Messieurs, et Dieu nous le rappelle de temps à autre par des coups où il faut bien reconnaître sa souveraineté : bon gré mal gré nous sommes sous sa main : il est le maître, et il le restera.
i Sachons au moins nous souvenir de lui et de sa Providence quand ses fléaux nous visitent ; et, après avoir gémi sur les malheurs qui atteignent notre pays, et les avoir soulagés de noire mieux, demandons-nous à nous-mêmes si rien de notre part ne les a provoqués, si nous n'avons pas fait monter au ciel le cri de quelque grande iniquité qui appelle sa justice?... »
C'était la thèse de la Providence et de la prière, et rien de plus.
Mais, de ces inondations, passant à d'autres qui l'effrayaient davantage, celles des doctrines impies et des doctrines révolutionnaires, les unes frayant la voie aux autres : « Ce qui tremble encore plus que le sol qui nous porte, ajoutait-il, c'est, Messieurs, la société : ce qui déborde et nous inonde d'une inondation plus menaçante que nos fleuves, ce sont les fléaux d'un autre ordre.
» Les doctrines impies et révolutionnaires ne font plus sourdement leur chemin sous terre ; elles aussi ont rompu leurs digues; je ne sais quelle puissance mystérieuse les enhardit et les déchaîne. On les voit faire aujourd'hui leur œuvre comme elles ne l'ont jamais faite, avec une tranquillité et une assurance du succès qui ne se dissimulent pas.
» Oui, et voilà surtout ce qui m'épouvante, et me fait craindre pour les derniers jours de ce siècle les dernières calamités. La guerre a Dieu et à la religion grandit chaque jour. L'athéisme marche tête levée. Sous ce rapport, le dix-huitième siècle est de loin dépassé. Si Ton en doute, qu'on prête l'oreille. »
Et en effet, à Liège, on avait crié : « Guerre à Dieu! » et aussi : i Guerre à la bourgeoisie, guerre aux capitalistes ! » A Genève, on avait repousse Dieu « comme une hypothèse inutile et funeste >, et on avait proclame la morale indépendante », en même temps que « la nécessité de grèves immenses, invincibles ».
« L'avenir un jour, disait l'éloquent évèque, remarquera cet accord profond et menaçant entre les doctrines irréligieuses et les doctrines révolutionnaires, et aussi la coïncidence de tous ces fléaux de l'ordre physique, moral et social, avec cette guerre acharnée faite à Dieu, et ce dernier attentat contre l'Eglise, dont le terme fatal, marqué par les révolutionnaires, s'avance sous les yeux des chrétiens frappés de stupeur et d'immobilité. »
Car Rome était sa pensée fixe, il n'en détournait pas un seul moment son regard : « Je ne puis me défendre de le dire : Nos ennemis ont un art étrange de nous endormir dans la torpeur. Nous sommes là, les bras croisés et la bouche muette, n'osant plus même essayer les protestations de l'honneur. Sans doute, ces protestations seront peut-être impuissantes, mais du moins elles seront vengeresses. Car ce que la conscience et l'honneur auront flétri le sera à jamais. Mais non, comme si tout devait se consommer dans le silence, on regarde et l'on se tait, et l'on attend, comme stupéfiés, l'inévitable catastrophe, de même que, ces jours-ci, du haut de nos ponts nous regardions, impuissants et mornes, le fleuve qui montait, montait toujours, et à la fin emportait tout.
» Et cependant, Dieu nous avertit et on ne comprend pas ; Dieu nous frappe et on ne comprend pas; l'ordre moral et social est bouleversé, et on ne comprend pas. Les doctrines les plus perverses sont proclamées, les principes vacillent, comme des astres égarés sur nos tètes, et on ne comprend pas. On comprendra un jour. mais trop tard !...
Cette forte lettre pastorale était une accusation autant qu'un avertissement. Elle souleva des tempêtes. Plus il avait raison et plus on était irrité. La presse de Paris et