‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 184 sur 231 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

et ici des citations magnifiques ; — et enfin la vraie doctrine : en peu de mots, il touchait à tous les fonds de ce vaste problème, la Providence, la justice divine. Telle était la première partie.

Dans la seconde, il abordait le caractère vrai de cette guerre faite à la religion, et il établissait qu'elle n'était, en somme, autre chose que l'athéisme.

(( Le protestantisme attaquait surtout l'Eglise, le voltairianisme attaquait surtout le christianisme; aujourd'hui, on attaque tout, et les dogmes surnaturels et les vérités rationnelles, toute philosophie comme toute religion, toute raison comme toute foi. Et ce qui rend à l'heure présente plus redoutables, même qu'au dix-huitième siècle, toutes les attaques de l'irréligion déchaînée, ce sont les immenses moyens de propagande dont elle dispose, et qui lui permettent de pénétrer, de se faire entendre partout, d'agir chaque jour avec 'une opiniâtreté sans relâche sur le pays, de l'enlacer de toutes parts, et d'atteindre ainsi jusqu'aux dernières couches populaires. » El, précisant davantage : « Je dis, ajoutait-il, qu'il y a en France, à l'heure qu'il est, plusieurs écoles d'athéisme : écoles philosophiques, qui veulent chasser Dieu de la raison et de la pensée; écoles scientifiques, qui veulent chasser Dieu de la nature et de la science ; écoles de morale indépendante, qui veulent chasser Dieu de la conscience et de la vie ; écoles fatalistes, qui veulent chasser Dieu de l'histoire ; enfin, écoles socialistes : on veut chasser Dieu de la société, on veut chasser Dieu de partout. »

C'est ce qu'il démontrait avec d'irrécusables et péremptoires citations, prises et chez les maîtres de la science et chez leurs disciples, et dans les grandes revues et les grands organes de l'opinion publique, et dans les petites publications et bibliothèques populaires qui commençaient déjà à pulluler. On se révolta contre l'homme qui disait ces choses : mais se trompait-il? qui pourrait aujourd'hui ne pas lui donner raison ?

Cette démonstration eût pu suffire dans un temps et un pays plus sérieux; mais il fallait, pour une société comme

la nôtre, aller jusqu'au bout et tirer les conséquences : de là une troisième partie, le péril social. Toutefois, avant de l'aborder, avant de prendre congé de toutes ces doctrines athées qu'il dénonçait, il leur parlait de haut et avec force : qu'on nous permette de citer ici une de ces pages vigoureuses, comme il y en a tant dans ce! écrit :

« Dieu, père de l'homme, chassé de la pensée et du cœur de ses enfants: cette noble créaUre humaine, spirituelle et immortelle, sur laquelle le Créateur a mis su ressemblance et comme un rayon divin, abaissée dans la matière et ravalée jusqu'à l'animalité î et, au lieu de nos immortelles espérances, toute la personnalité de l'homme engloutie à jamais dans le tombeau î voilà donc les doctrines qu'on ose opposer à la foi des siècles et des plus grands génies de l'humanité ; voila ce qu'on veut substituer au christianisme ! Mais quels sont donc les hommes qui viennent ici se mettre en scène, se poser en maîtres, en chefs de la pensée, de la science, en révélateurs, parlant comme s'ils étaient la critique, la science, l'histoire, l'avenir, et jetant l'insulte à toute l'humanité qui les a précédés? On dirait, à les entendre, qu'il n'y a en dehors d'eux ni savants, ni historiens, ni critiques, ni philosophes, et qu'à moins d'être aujourd'hui comme eux panthéistes, matérialistes, athées, on ne peut plus compter en France. Ils disent sans cesse : La science, la science î Et moi je réponds : Quelle science? Qu'est-ce que la géométrie, la physique, la chimie, l'anatomie leur fournissent d'arguments pour leur athéisme? Pas un. A regarder de près les choses, qu'y a-t-il? Rien que des négations. Voila ce qui leur appartient en propre, rien de plus. Tout !<j reste, tout le positif des sciences naturelles, appartient aux savants spiritualistes. De quel droit dites-vous : La science, c'est nous? Est-ce que Copernic, Galilée, Kepler, Newton, Descartes, Leibniz. Pascal, Bacon lui-même. créateurs de la science moderne: est-ce qu'Euler, Linné, Herschell ; est-ce que, de notre temps, Cuvier, Ampère, Cauchy, Biot, est-ce que ces grands esprits étaient des athées? Qu'ètes-vous devant eux? A peine des pygméps.

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