Vie du P. Lacordaire, par M. Foisset, t I, p
fond, plus saisissant. » Et il écrivait à M. de Montalembert : (( J'ai été charmé de la Sainte-Baume et de Saint-Maximin, et de cette admirable fécondité et postérité du P. Lacordaire. C'est l'œuvre d'une grande vertu. » Et il prit feu, comme il était inévitable, pour ce que les Dominicains faisaient là. Cette émotion valut à cette belle œuvre deux précieux discours. « Je vous promets, avait-il dit aux Dominicains, 30 000 francs. » Pour les trouver, il laissa s'organiser l'hiver suivant, chez Mme la duchesse Pozzo di Borgo, une réunion où s'empressa d'accourir l'élite de la haute société parisienne. Il devait simplement venir y raconter son pèlerinage; mais un tel sujet ayant saisi toute son àme et fait jaillir la source de ses habituelles pensées, cette causerie se trouva être un sermon dans un salon, et des plus éloquents qu'il ait prononcés. « L'alliance adorable de la bonté divine et de la faiblesse humaine, le retour à la vertu par le repentir, c'est-à-dire ce qui remue et attendrit le plus profondément Dieu et les hommes », il trouva, pour exprimer ces saintes choses, les accents les plus pénétrants. C'est dans ce discours qu'il s'écriait: «Oh! les âmes, il n'y a qu'elles qui soient aimables et admirables ici-bas; il n'y a qu'elles qui soient vraiment belles, et quels que soient leurs malheurs et même à cause de leurs malheurs, d'un intérêt incomparable. Non, il n'y a pas d'intérêt plus profond et plus attachant que de lire là, d'y étudier, d'y saisir ce qui se remue dans ces profondeurs, les émotions fugitives ou durables, les impressions soudaines, les nobles inspirations, les élans généreux, soit qu'on regarde dans l'àme candide et naïve d'un enfant, soit quand Dieu permet de pénétrer une de ces âmes troublées, orageuses, dont sainte Thérèse a dit qu'une seule était tout un monde. Oh î étudier de telles âmes, chercher là le feu sacré qui est dans toute créature, en rallumer l'étincelle cachée et l'y voir resplendir enfin, c'est un moment inexprimable et dont je bénis Dieu de m'avoir quelquefois, dans ma vie, donné la profonde douceur. » Deux ans plus tard, le Ie" février 18G6, à Marseille même, dans l'église de Saint-Joseph, il célébra de nouveau, en termes non moins éloquents, « sainte Madeleine, !e mo-