CHAPITRE XIX
dèle de la pénitence et le chef-d'œuvre de la miséricorde divine».
Quelque temps après c'était la ville d'Orléans qui recourait de nouveau à lui. Des travaux d'art admirables venaient d'être exécutés pour que le Loiret, «ce fils mystérieux de la Loire», envoyât ses eaux à Orléans par-dessus le fleuve; l'inauguration de ces nouvelles fontaines fut faite à la veille des fêtes de Jeanne d'Arc avec grande solennité. On demanda à l'évêque d'Orléans de les bénir et d'ajouter à l'éclat de la fête celui de sa parole. Il voulut bien y consentir, mais à son tour il exigea et il obtint, non sans peine, une modification au bronze de ces fontaines, qu'il voulait plus respectueux de la dignité des mœurs oriéanaises. On eut là une nouvelle preuve de sa vigilance et de sa fermeté épiscopales, et de la considération dont il jouissait à Orléans. Ce sacrifice eut sa compensation : le discours de l'évêque ravit ses diocésains.
Mais un discours autrement considérable, et qui s'éleva à la hauteur d'un événement, ce fut celui qu'il fui amené à prononcer au congrès de Mali nés. Mais ici il faut reprendre d'un peu plus haut les choses.
Ce fut en 1863 que, sous l'impulsion du grand cardinal de Malines, Mer Sterkx, les catholiques belges, engagés dans les luttes les plus ardentes, eurent la pensée d'organiser le premier de ces fameux Congrès destinés à exciter partout le zèle et le courage, et à maintenir debout les catholiques. Invité à ce Congrès, l'évêque d'Orléans, condamné, on ne le voit que trop, à se prodiguer, ne crut pas sa présence là nécessaire, et il déclina l'invitation, d'autant plus que ses amis, MM. de Montalembert, de Broglie et Cochin, devaient s'y rendre. «Cette affaire de Malines, lui écrivait AI. de Montalembert, m'accable et me désole. J'ai résisté tant que j'ai pu; je n'ai cédé qu'aux fatigantes instances, venues de tous les côtés à la fois et de toute sorte d'amis qui ne manqueront pas de hlàmer ce que j'aurai dit et fait là-bas, après m'avoir aiguillonné. Je m'arrache malgré
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moi de mon silence. Vous connaissez cela par expérience et vous me plaindrez. »
L'apparition du vieil athlète de l'Eglise, qui bravait, pour se rendre à Malines, un mal opiniâtre, fut saluée par des applaudissements extraordinaires. On était avide d'entendre cette voix depuis trop longtemps réduite au silence. Il parla deux fois, et sur la question la plus palpitante : sur la liberté, sa grande cause. Alors que la souveraineté temporelle du Pape, sauvée en 1849 par une assemblée libre, était livrée et perdue depuis 1859 par le pouvoir personnel, et en face des défections de tant de catholiques, qui avaient abandonné le terrain sur lequel ils avaient autrefois combattu et vaincu, il y avait, selon le grand orateur qui, lui, se flattait d'être resté toujours semblable à lui-même, qualis ab incœpto, d'utiles vérités à rappeler, de nécessaires leçons à donner. Puisqu'une profonde division s'était faite parmi les catholiques, non sur la foi, quiconque ne la professe pas tout entière n'appartient plus à l'Eglise, mais là où les dissentiments peuvent se produire, sur les principes de conduite, sur l'attitude a tenir vis-à-vis des libertés et des sociétés modernes, il estimait indispensable de s'expliquer hautement, franchement, courageusement, devant cette grande assemblée. Son discours suscita des applaudissements enthousiastes. M. de Broglie et M. Cochin obtinrent aussi un grand succès. « Vous voulez des nouvelles vraies de Malines, écrivait M. Cochin à l'évêque d'Orléans : L'assemblée a été magnifique, la foi éclatante, la liberté dominante et acclamée, Montalembert hardi, bouillant, admirable, le prince de Broglie charmant. Melun touchant, et l'on m'a accorde a moi une ovation exagérée; le cardinal de Malines et les évêques belges, a merveille, pleins de paternité, de tact: mais je crains, je vous avoue, qu'on n'écrive a Rome contre les manifestes de notre ami. »
M. de Montalemhert avait les mêmes craintes. Chose étrange! tandis que les journaux hostiles a l'Eglise représentaient le Congres de Malines comme une assemblée de réactionnaires, voulant ramener le moyen âge, une certaine presse catholique, en Belgique et en France, dé-