‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 189 sur 231 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

nonçait le discours de M. de Monlalembert comme un attentat qui avait affligé tous les catholiques, et n'avait été loué que par !es libres penseurs. « Le succès, écrivait M. de Montalembert à l'évêque d'Orléans, a été considérable et incontesté sur place; la jeunesse surtout y répondait avec un enthousiasme frénétique et presque unanime ; mais nos adversaires, incapables de répondre, n'en prennent pas moins leur revanche, en Belgique comme en France, et surtout à Rome, puisqu'ils restent seuls maîtres du terrain par la presse. Tout ce beau feu s'éteindra faute d'un journal pour l'entretenir. J'ai trouvé dans le cardinal 'Wisemann le même antagonisme que vous avez rencontré chez lui, à Rome, l'année dernière, si part a licel componere magnis. En revanche, le cardinal Sterckx a dit : « Vous aviez beau dire que vous ne vouliez pas faire de théologie, vous avez parlé en parfait théologien. »

Non, il n'avait pas parlé en théologien, ni surtout en parfait théologien ; mais en orateur, en politique, en laïque. Un théologien eut été plus rigoureux dans la position des questions et les précisions nécessaires. En ces matières, si complexes et si délicates, où la thèse relative côtoie de si près la thèse absolue, là surtout les mots mal définis sont périlleux, et les distinctions indispensables pas toujours faites en termes assez explicites. Sa formule, l'Eglise libre dans l'Etat libre, déjà vengée par lui, mais travestie par M. de Gavour, effrayait certains catholiques, et a besoin en effet d'être expliquée et comprise. L'évêque d'Orléans ne l'a jamais employée. Et enfin, il avait touché en passant à certains points d'histoire qu'il est difficile d'éclairer à fond dans un discours. Les paroles prononcées par lui à Malines furent donc dénigrées et dénoncées à Rome. Sans doute, Rome, gardienne de la doctrine, ne peut surveiller de trop près de pareilles discussions. Mais, malheureusement, à côté de la science calme et désintéressée, il y a place à Rome, comme partout, à autre chose, et la bonne foi des théologiens romains peut quelquefois être d'autant plus facilement surprise, qu'ayant eux-mêmes plus d'impartialité, ils

peuvent par là même se tenir moins en garde contre des passions qu'ils ne partagent point. Elle ne le fut pas en celte circonstance. M. de Montalembert envoya à Rome des explications qui furent agréées. L'évèque d'Orléans, qui s'y trouvait alors de nouveau, comme nous allons le dire bientôt, ne fut pas étranger à l'issue équitable et sage de cette affaire.

Le Congres de Malincs avait été si heureux que le cardinal Sterckx en souhaitait vivement un second, aussi éclatant que le premier, mais plus en dehors des questions qui auraient pu amener des divisions. Et il y jugeait la présence de l'évèque d'Orléans indispensable. Il insistait d'autant plus pour que l'évèque d'Orléans y allât, que ses amis, MM. de Montalembert, de Broglie et Cochin, paraissaient décidés à ne pas s'y rendre, c On me sollicite beaucoup de Belgique, écrivait-il le 30 juillet à M. Cochin; le cardinal Sterckx m'a écrit la lettre la plus pressante et la plus aimable. C'est, je l'avoue, ce qui me touche le plus. Il m'en coûte toujours de laisser un brave homme sur la brèche. » M. de Montalembert le pressait aussi vivement, le voyant d'ailleurs, disait-il, tout à fait en veine: ses trois discours sur le feu, l'eau et la Madeleine avaient révélé son talent oratoire sous une nouvelle face, « avec une flexibilité, une grâce, un entrain, une jeunesse, » dont, en effet, chacun avait été frappé.

« Chaque jour, lui écrivait-il (la lettre est du 5 août), me confirme dans ia pensée que vous avez là une grande mission à remplir; moins grande sans doute que celle que vous avez providentiellement remplie à Rome en 4862, mais dans le même genre. Il s'agit moins de ce que vous direz que de ce que vous empêcherez. Allez donc... ; nos amis, l'excellent Adolphe Dechamps en tête, vous accueilleront avec des transports de sympathie. Ce Dechamps est un homme du premier mérite, avec lequel il importe que vous vous entendiez à fond, comme avec le cardinal de Malines. »

Néanmoins l'évèque d'Orléans hésitait toujours beaucoup. « Je suis de moins en moins incliné vers Malines, écrivait-il encore le 16 août à un ami. Je sens bien ce que

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