chapitre m. a
encore mieux: quand je n'étais pas évêqtiê, mais simple enfant de l'Eglise... J'admirais tout... C'est le plus doux sentiment. Factus vtr, évacuai i quœ erant partuli... L'enfance est meilleure... Demeurons au moins par le cœur simple comme la colombe, si nous sommes condamné à devenir enfin prudent et attentif comme le serpent. »
Evêque, il avait en effet des devoirs que les simples fidèles n'ont pas, et aussi des lumières. Le Pape ne peut pas tout connaître, ni ceux qui sont près de lui non plus. (Jui éclairera sur les choses lointaines le chef de l'Eglise universelle, sinon ses fils, ses frères dans l'épiscopat, les évêques? Aussi, ayant appris quelques mois auparavant que l'archevêque de Besançon se préparait à partir pour Home : «Conjurez-le, écrivit-il à M. de Montalembert, de tout dire au Pape. » Et lui-même écrivait, vers le même temps, à AIme la princesse Borghèse, le 25 février 1850: « Les affaires de l'Eglise sont à la dérive en ce pays. Vous comprenez mes sollicitudes. Il faut absolument que je voie le Pape, où qu'il soit, en septembre, et que je lui parle à cœur ouvert. » Il le vit, et par trois fois, en reçut un accueil « plein d'amabilité et de bonté », et, selon qu'il s'y croyait en conscience obligé, lui parla avec une grande franchise.
Le cardinal Antonelli, que Pie IX avait récemment nommé secrétaire d'Etat, et qui sut, par des prodiges d'adresse plus que par un véritable génie politique, se maintenir en ces hautes et délicates fonctions pendant tout ce long règne, eut pour l'évêque d'Orléans les plus grandes prévenances, et, jeune, dans tout l'éclat de ses séduisantes qualités, fin, délié, intelligent, ouvert à toutes les idées, questionnant, écoutant beaucoup, il exerça sur MsrDupanloup un charme particulier. Les entretiens qu'ils eurent ensemble furent fréquents. Avec lui surtout, plus librement encore qu'avec le Pape, l'évêque ouvrit son âme, notamment dans une longue conversation la veille de son départ : le cardinal, dans sa confiance, alla jusqu'à lui demander de consigner dans une note tous les graves renseignements qu'il lui donnait sur la situation des
choses dans l'Eglise de France. On conçoit quelle devait être, à son retour, l'avidité de ses amis de Paris, pour connaître tous les détails de ces entretiens. Ils discutèrent la note ensemble, et l'évêquë d'Orléans demanda au jeune cardinal de vouloir bien la placer sous les yeux du Saint- Père.
Que n'avons-nous entre les mains cette note? Mais il en transpire peut-être quelque chose dans la lettre que voici, adressée à un cardinal, que nous croyons être le cardinal Giraud, et auquel avaient été faits quelques commentaires touchant les impressions que l'évêquë d'Orléans avait rapportées de Home :
« Orléans, le 1er mai 1851. Monseigneur,... Je suis parti de Rome comblé des bontés de Sa Sainteté et de celles du cardinal secrétaire d'Etat; j'en serai profondément touché et reconnaissant toute ma vie, et pénétré d'admiration pour tout ce que j'ai vu là de grandeur, de lumière, de générosité et de force; là se trouvent toutes les consolations du présent et toutes les espérances de l'avenir : voilà les seuls sentiments que j'ai pu exprimer publiquement, et encore avec la réserve et le respect convenables.
» Maintenant, Monseigneur, que je gémisse quelquefois devant Dieu, ou dans une confiance comme celle que je témoigne à Votre Eminence en ce moment, de l'audace des méchants, de la mollesse des bons et des imprudentes témérités par lesquelles je vois la paix de l'Eglise troublée dans le présent, et peut-être pour un long temps, si la sagesse principale et la puissante modération du Saint- Siège n'intervient, cela se comprend.
» 11 faudrait n'avoir dans le cœur ni les affections d'un chrétien, ni les sentiments d'un évêque, pour demeurer insensible à de tels dangers.
» Je me suis cru toujours souverainement indigne d'être évêque, j'ai fait ce que j'ai pu pour ne l'être pas, vous le savez mieux que personne, Monseigneur; mais depuis que je le suis, je le dois avouer, je sèche de douleur en voyant la sainte Eglise de Jésus-Christ déchirée par l'orgueil de ceux qui la devraient servir humblement, et qui trouvent une satisfaction détestable à jeter des divisions funestes là