CHAPITRE II. 3y
où la paix devrait être éternelle; qui la devraient, dis-je, servir dans une soumission filiale et pleine d'amour au successeur de Pierre, et dans le respect pour Lépiscopat dont le vicaire de Jésus-Christ est le chef suprême.
» J'espère, Monseigneur, que Votre Eminence ne verra dans ces paroles que la continuation des sentiments et des pensées que j'ai été longtemps heureux de lui exprimer de vive voix. »
Du rsste, le Saint-Père avait donné à l'évèque d'Orléans une preuve éclatante de ses bontés, en le nommant, par un bref des plus bienveillants, prélat assistant au trône pontifical. Le chapitre de Saint-Pierre lui offrit un magnifique exemplaire du grand ouvrage : Sacra rum basilicœ vaticanœ cryptarum monumenta,en reconnaissance d'une très belle pixide d'or, enrichie de pierreries, que l'évèque d'Orléans s'était donné la joie d'offrir à ce chapitre, c'est-à-dire au Saint-Père.
Il voulut bien aussi, pendant ce séjour à Rome, prêcher à Saint-Louis des Français, et sa parole y obtint le grand succès qu'elle avait toujours.
Il n'avait pas encore vu Xaples, ni l'Italie méridionale. Quel intérêt cependant, pour un évèque pieux et lettré comme lui, à visiter de tels pays! On voulut, au palais Borghèse, lui donner cette joie : Subiaco et le Mont-Cassin, avec les souvenirs de saint Benoit; Xaples, «qui rit et chante au pied du Vésuve » ; Xole et les souvenirs de saint Félix et de saint Paulin: Sorrente, Pompéies, Amalfi, Pœstum, où il fui charmé de vérifier le mot de son poète : Biferique rosaria Pœsti; puis, au retour, Gaële, Cumes, Baies, Pouzzoles, tel fut son itinéraire. < J'ai touché en quelques jours, écrit-il, aux plus grands siècles, aux plus grands hommes, aux plus grandes choses. » Tous ces horizons gracieux, splendides; ces ruines, ces souvenirs; les monastères, les sanctuaires, les grandes figures de l'histoire; la sainteté, les arts, la poésie; tout cela sous le plus beau ciel, dans cette lumière, en face de cette mer brillante et des montagnes : il est incroyable quelles jouissances d'àme il y trouva: et toujours ses plus grandes admirations s'achèvent dans une prière.
Il voulut rentrer en France par mer et fut conduit jusqu'à Civita-Vecchia dans une voiture que Mme la princesse Borghèse l'avait forcé d'accepter pour ses tournées pastorales, sachant qu'il n'en avait d'aucune sorte. Elle avait eu du reste pour lui, ainsi que ses trois fils, le prince Marc-Antoine, le prince Aldobrandini, le duc Salviati, les plus grandes attentions. « Princesse, lui écrivit-il, dès son retour a Orléans, ce voyage est sans contredit, de tous ceux que j'eusse jamais faits, celui qui m'aura été le meilleur sous tous les rapports. C'est a vous que je le dois : je suis heureux de vous le dire. Mon retour a été aussi heureux que possible, sauf la mer, avec laquelle décidément je ne puis plus avoir aucun rapport, et cette charmante voiture dont l'essieu, le ressort et les roues se sont successivement cassés, ont été successivement raccommodés, et sont devenus maintenant, grâce a cette épreuve, invincibles pour les visites pastorales. Je suis rentré à Orléans le mercredi 10 février, et j'y ai trouvé des torrents d'affaires. Il y aurait des biens immenses à accomplir. On est vraiment très bien disposé. »
Le lendemain de son arrivée, il écrivait sous l'œil de Dieu :
« Me voici de retour : mon premier sentiment est d'adorer Dieu le vidage contre terre et de le bénir... Ce voyage, que je désirais tant, qui m'était si nécessaire, Dieu me l'a donné aussi heureux que possible... La nature y a été admirable... et la grâce n'y a pas manqué dans ces pieux pèlerinages.
» Et maintenant, à l'œuvre! Mais :
» 1° Union à Dieu; fidélité inviolable à tous mes exercices de piété. Là est pour moi la lumière, le rafraîchissement, la paix nécessaire au milieu de tant d'agitations et de tourments.
» 2° Douceur avec tout le monde et avec moi-même; prendre mon parti des choses tristes... Il faut être un aulre homme... un homme simple, doux et grave, ferme et bon.
» A l'œuvre donc! »