CHAPITRE XIX
à ses tentations, qui sont redoutables, il faut un sens moral plus fort que jamais. »
A propos de la société moderne, autre épouvantail : « J'entends souvent parler de la société moderne, et il est certains hommes qui s'épouvantent à ce nom. Mais enfin, Messieurs, est-ce que chaque siècle nouveau n'est pas un siècle moderne? Qu'y a-t-il donc à faire ? S'effrayer? Non. La vérité et le bon sens, c'est qu'il faut voir dans son temps, dans son siècle, ce qu'il y a de bon, ce qu'il y a de ma! ; l'étudier avec intelligence et avec amour, et dévouer sa vie, s'il le faut, à éclairer les esprits, à sauver les âmes. Quant à moi, je le confesse, je ne puis me résoudre à perdre la tête devant un mot, et rêver la fin du monde, parce qu'il y a une société moderne. »
L'avertissement suivant n'était pas moins grave : «Nous tous, qui que nous soyons, catholiques de tous les pavs, au nom de Jésus-Christ, entre nous, s'il est possible, point d'excès, point de faiblesses, point d'imprudences, point de divisions. L'Evangile nous dit: Aimez vos frères comme vous-mêmes ; s'il le faut, plus que vous-mêmes : la vérité seule plus encore!... Xe substituons jamais les opinions aux principes, ne changeons pas en questions vitales les querelles de ménage. Plus les temps sont mauvais, plus il est nécessaire de nous serrer tous comme un bataillon sacré autour de l'arche menacée, unanimes, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme. Oh ! que nous aurions été forts, si cette unanimité n'avait jamais été troublée! »
Il y avait donc deux choses dans ce discours : de vives lumières jetées sur une importante question ; et un esprit large et généreux, soufflé à une grande assemblée catholique.
Une gravure bien connue le représente prononçant ce discours *. Il avait soixante-deux ans: il y a bien là ses
1. La photographie sur laquelle a été faite cotte gravure est celle qui, quoique imparfaite encore, nous restitue le mieux l'évèque J'Orléans. L'artiste belge auquel on la doit, M.Tuerlinck, prit la peine de venir sinstaller un long temps dans cette ville. Celle de Mouret, qui le représente en rochet et en mozette, avait une vraie valeur: elle date
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traits, et beaucoup de leur expression quand il parlait. Le front est large: sous l'orbite profond des yeux le regard paraît allume : les lèvres sont frémissantes: mais ce que cette gravure ne laisse pas soupçonner de ce regard, c'est, quoique l'azur de l'un des yeux fût voilé, son extrême limpidité, et de ses lèvres, leur doux et gracieux sourire quand il était au repos. La taille est un peu au-dessus de l'ordinaire. La pose a de la majesté. La tète, toute libre, toute dégagée, rappelle le fameux :
Os homini sublime dédit, cœlumque tuefi
J assit...
C'est bien VOs sublime : jamais ni ce visage, ni ce regard ne se sont inclinés en bas, sauf dans l'adoration, qui est encore elle-même une élévation dans sa profondeur. Os sublime : dans ce mouvement si naturel le cou apparaît toujours : le menton accentué, presque carré, se dessine et se relève; la bouche est d'une finesse rare: le nez droit, accusé, aux ailes mobiles et parlantes; les pommettes un peu saillantes, colorées d'un incarnat brillant et plein de sève: la chevelure, autrefois abondante et souple, était rare alors, presque toute blanche, et d'une teinte douce qui contrastait avec la vigueur du teint et donnait au visage une sorte d'auréole argentée et lumineuse.
des premières années de son épiscopat. Celle de Franck, prise à Viro- ;lay. a trop grossi le visage, et la pose est peu gracieuse. Celle de l'abbé Godefi y, où il est debout, disant son bréviaire, et dans tonte la
ité de sa tenue, a un arand mérite d'exactitude et de vérité. Celles de Disdéri étaient assez réussies, nuis ne le montrent, une seule exceptée, que dans des groupes. Le célèbre graveur Martinet ne l'avait vu qu'une fois, à table, à La Chapelle, et assez ennuyé de se voir ainsi observé et étudié : l'expression de son visage dans gravure, placée par l'évèque lui-même en tète de ses Œuvres choisies, i ; assez ressemblante, est immobile et dure, fausse par conséquent. Ii. ns l'œuvre, d'ailleurs belle, de Me de Bourges, l'expression manque au contraire de fermeté. Les mini itures rie M la comtesse de Montmarin sont précieuses : elles ont de la vie, du charme et de la fidélité:
afin, nous n'avons rien qui nous conserve pleinement cette si noble et si expressive physionomie.