CHAPITRE XIX
L'ensemble est profondément attrayant.
Le soir même du jour où il avait prononcé ce discours mémorable il alla se reposer de ce succès à Houlay, cbez M. le sénateur de Man, beau-père d'un de ses diocésains très aimés, M. Maxime de la Rocheterie. Au sein de cette chrétienne famille, son âme, consciente du bien qu'elle faisait à d'autres âmes, était plus à l'aise encore qu'au sein de celte brillante et bruyante assemblée. Il revint ensuite à Malines pour la clôture du Congrès: là un toa.t lui fut porté, auquel il répondit avec un à-propos plein de grâce; et à peine en wagon, il se hâta d'écrire ces simples lignes à M. de Montalembert : «7 septembre 1804. Mon ami, je respire enfin, et c'est à vous que j'écris ces premiers mots possibles du chemin de fer. Dieu a béni mon laborieux voyage, et j'espère avoir fait quelque bien. Ce qui m'a le plus touché, et ce que je tiens à vous dire, ce n'est pas seulement les applaudissements dont j'ai vu et fait couvrir moi-même votre nom; c'est surtout le plaisir qu'on avait à réunir nos deux noms jusque dans le toast final que j'ai dû accepter au moment de mon départ. Et maintenant où en êtes-vous? faites-le-moi savoir de suite. Je veux vous faire revoir les épreuves de cet immense et malheureux discours qu'il a fallu écrire au vol. Je tiens à ce que vous le revoyiez sévèrement. C'est le moins que vous me devez. Yale, ora, et ama, ut ait et e.x optât S. Augustinus. »
L'année suivante (1865), un discours, non moins important que celui de Malines, mais qui se rattachait plus directement à la défense du Saint-Siège, lui fut imposé par la mort inattendue du général de Lamoricière.
La Convention du 15 septembre n'amena, en fait. qu'une halte de quelques années dans la marche de la révolution italienne; mais Dieu ne permit pas que le grand soldat de la papauté, Lamoricière, vît se consommer le dernier attentat : le 11 septembre 1805 il mourait tout à coup en héros chrétien. L'évèque de Nantes, M?1 Jacquemet, voulant faire célébrer dans sa cathédrale,
avec toute la magnificence possible, un service solennel pour l'àme du glorieux défenseur du Pape, eut naturellement la pensée de confier l'oraison funèbre à l'évêque d'Orléans Ce service eut lieu le 17 octobre.
L'affluence fut prodigieuse : « II eût fallu pouvoir quadrupler letendue de la cathédrale pour enfermer l'auditoire avide d'entendre l'oraison funèbre de Lamoricière par M$' Dupanloup. Tout le clergé de la Bretagne, de l'Anjou et de la Vendée1 » était là. Il y avait dans cette foule M. Berryer, M. de Falloux, M. de Quatrebarbes, l'ancien gouverneur d'Aucune : sur des sièges d'honneur une députation de zouaves pontificaux, parmi lesquels les héritiers du nom de Charette : les regards surtout se reposaient avec attendrissement sur les deux jeunes filles du général. Le discours fut digne et de l'orateur et du héros.
Certes, 'nonobstant quelques détails surabondants, Lamoricière, dans cette oraison funèbre, n'est pas une thèse froide et diffuse : c'est Lamoricière lui-même, avec sa vivante et originale physionomie, le soldat, le citoyen, le calholique qu'il était : vainqueur d'abord dans la première et si brillante période de sa carrière, où, en effet, il ne rencontre que des triomphes; vaincu ensuite, deux fois vaincu: vaincu de la politique et vaincu de Dieu, mais plus glorieux vaincu que vainqueur : cette grande idée plane sur tout le discours.
Le récit de uos guerres d'Afrique a une vivacité toute française ; c'est enlevé, on dirait a la baïonnette, et comme si l'orateur en eût été.
Dans le tableau des luttes politiques de Lamoricière, c'est un autre souille, celui qui anime l'àme vaillante d'un citoyen, le patriotisme et l'honneur. Là commence, après des triomphes encore, la défaite; et là l'évêque, laissant les controverses passagères et les dissentiments sans portée, salue avec éloquence « dans une grande àme une grande image de l'homme ». Il parlait devant des vaincus aussi ; ses regards, en se promenant sur son vaste audi-