‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 195 sur 231 · CHAPITRE XIX. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. m

guerriers qui ont porté ici-bas l'épée pour la cau.se de Dieu. Car en ce moment, chrétiens, aux yeux de ma foi, les ombres du tombeau se dissipent, et je ne vois plus rien ici de mortel et de périssable. Le lion vainqueur, comme un grand Pape le disait d'un grand martyr, s'en est allé dans les cieux, et je cherche en vain ici la matière corruptible et mortelle : je ne vois plus que la gloire de l'immortalité dans l'éternel triomphe. Leone in cœlos abeymte, déficit matériel mortalis. Amen. »

La lettre enthousiaste, adressée quelques jours après par M. l'abbé Richard, aujourd'hui coadjuteur de Paris, alors vicaire général de Nantes, en son nom et au nom de ses collègueset de lous les membres du chapitre de Nantes à l'évêque d'Orléans, dit, plus éloquemment que nous ne le pourrions faire, quel fut « l'immense effet » de ce discours *. L'évêque d'Orléans répondit : c Si quelque effet a suivi ma parole, comme vous voulez bien me le dire, c'est d'abord au grand sujet que je traitais, c'est ensuite à l'auditoire si sympathique que vous aviez réuni là, qu'il faut l'attribuer. Les mots de patrie, de religion et de justice, de fidélité ef d'honneur vibraient d'eux-mêmes dans

1. L'évêque d'Orléans offrit un exemplaire de ce discours à la veuve du général; à la lettre, noblement simple et touchante qu'il en reçut, il répondit :

i Madame, permettez-moi de renvoyer à ceux dont le généreux dévouement inspira ma parole les éloges trop bienveillants que nous avez voulu accorder à l'humble discours dont j'ai été heureux de vous faire hommage.

» Je ne puis, moi, que célébrer les grandes actions; bien plus heureux sont ceux à qui il a été donné de les faire.

» La gloire de nos héros est sans tache et impérissable, les vrais vainqueurs ce sont eux; ils ont du muins sauvé l'honneur, et c'est tout que sauver l'honneur, comme vous le dites si bien, Madame.

» Il nous sera difficile d'acquitter la dette de reconnaissance que l'Eglise a contractée envers M. le général de Lamoricière, dont le nom et l'exemple entraîna tout. Ce qu'il a fait est au-dessus de toute récompense, ou plutôt porte en soi sa récompense.

» Jouissez donc, Madame, d'une gloire si belle et si pure: elle vous appartient, elle est vôtre à plus d'un titre; car il est bien permis de penser que les fortes vertus d'une femme chrétienne n'ont pas été sans influence sur les sentiments religieux d'où est née la résolution magnanime qui sera l'immortel honneur de celui dont le nom est votre nom. i

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toutes ces âmes bretonnes, françaises et chrétiennes qui m'écoutaient. Il sortait de cette immense assemblée et de toutes ces âmes émues comme une protestation silencieuse, mais solennelle, pour le droit et l'éternel honneur, dont celui que nous pleurons avait été le champion vaincu, mais glorieux. »

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