‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 206 sur 231 · CHAPITRE XX. 3S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. 3S

la Providence ne vient à noire aide, les tempêtes ne nous manqueront pas. » On sentait approcher le coup d'Etat.

Leur attitude, alors, nous l'avons vu, fut différente; leur amitié n'en souffrit pas. « Mon bon et cher ami, écrivit 1 evèque à M. de Montalembert déjà désabusé, le '2 septembre 1852, vous m'écrivez en la fête de saint Augustin, et ce jour-là, à Besançon, j'étais occupé de vous devant Dieu, agenouillé devant ce digne et tendre visage (du cardinal de Rohan) que vous y avez probablement contemplé, vous aussi. Là je repassais avec grande douceur ces anciens souvenirs, au milieu desquels je vous rencontrai tout à coup, et puis, bientôt après, douze années de séparation, et puis ces quelques années dont vous me parlez avec un si juste regret, car il y eut là de grandes choses de faites. 11 s'est trouvé là des jours où vous, et quelques-uns de ceux que j'aime, avez été grands. Cette religieuse grandeur se retrouvera-t-elle ? Dieu le sait. Je ne l'espère que de sa bonté.

» Et puis sont venus les temps où nous sommes : temps d'une confusion inexprimable, où le bon sens, la dignité, l'honneur succombent.

» Voilà ce que je repassais dans mon souvenir devant ce marbre froid, et là je me sentis porté à prier Dieu pour vous, pour votre sœur qui, je l'espère, est avec Dieu, pour votre mère, que j'ai plus connue que vous ne pensez, et pour ce pieux cardinal qui, je l'espère, prie pour nous tous.

» Quant aux choses dont vous me parlez dans votre lettre, je les abandonne à Dieu. Le plus difficile en ce monde, ce n'est pas de faire son devoir, c'est de le connaître. L'attente, le silence et la paix sont les meilleures conditions pour l'avenir.

» Votre écriture me sera toujours chère, quelque chose qu'elle dise. J'ai le cœur fidèle et l'esprit peu querelleur. »

Ce pèlerinage auquel l'évêque dOrleans invitait son ami eut lieu ; il eut la joie de le conduire à Saint-Benoit, et celte course, «où l'abbé Gralry et Virgile leur avaient fait oublier les agitations et les querelles», leur fut si

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douce à tous les deux, que l'année suivante M. de Montaient bert parla de revenir à Orléans. « Dites-le-moi un peu d'avance, lui écrivit l'évèque (i mai 1853), afin que j'éloigne de moi toute autre visite, et même toute autre occupation, et que nous puissions causer ainsi tout à loisir de choses si importantes. » Quelque temps auparavant (19 mars 1853), à propos de ce qu'il appelle «les indignités >/cle l'Univers contre M. de Montalembert, il lui avait écrit : « ...Je me laisse entraîner à trop vous dire. J'avais passé quelques beaux jours avec vous dans ces beaux jours de votre vie où vous fûtes un enfant si heureux de l'Eglise et si béni de Dieu, et j'ai voulu vous le dire. Vous savez, malgré nos dissentiments possibles, quelle douceur mon âme éprouve toujours lorsqu'elle rencontre la vôtre. »

A son tour M. de Montalembert le réclame à la Pvocheen-Breny. L'évèque d'Orléans, depuis ses premières visites à ce lieu, en voyait en quelque sorte flotter sans cesse devant ses yeux l'image. « Mon inclination de cœur est vers vous, lui écrivait-il le 25 octobre 1855, vous le savez : l'aime vos solitudes, vos lacs, vos bois, votre granit et surtout votre amitié, qui a la netteté et la solidité de ce granit, et parfois sa tendresse.» Voici la description qu'il en a faite lui-même : « M. de Montalembert habite, au milieu des bois et des lacs du Morvan, un vieux château qui a encore ses tours et ses fossés, ses grandes salles, avec ses tapisseries antiques et des devises de chevalerie, fières et nobles, par exemple : Bien ou rien: et encore: Plus d'honneur que d'honneurs. Puis dans un appartement retiré, est sa vaste bibliothèque, vrai sanctuaire ou il se tient avec ses massifs in-folio, pour son grand travail, qui se prolonge bien souvent dans la nuit. » Et, après avoir visité, au Bourg-d'Iré, M. de Falloux, autrement, mais non moins dignement établi, il écrivait, joyeux, à M. de Montalembert : «J'ai été charmé de connaître sou habitation et de voir que les deux hommes que j'aime et honore le plus in ter laicos savent s'établir si noblement chez eux. »

Plus les années s'écoulent, plus les appels de M. de

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