CHAPITRE NX
Montalembert deviennent pressants. En 1855, le Correspondant est réorganisé; c'est une raison de plus pour que i'évêque vienne à la Roche-en-Breny en conférer. Pais arrivent les déboires de la vie publique, l'échec électoral de 1857, qui mit fin à la carrière politique de M. de Montalembert, l'ingratitude et l'abandon des catholiques : « J'ai grand besoin de vos prières, écrit à son ami le glorieux vaincu, pour qui l'Univers gardait cependant encore « un reste de pitié », et j'y compte. J'ai besoin de compter sur le petit nombre d'amis qui ne m'ont pas abandonné en même temps que le succès et la renommée» (18 juillet 1857). Et un peu plus tard (7 septembre 1857) : « Venez donc me voir en octobre, surtout si vous n'êtes pas pressé. Nous sommes à l'âge où l'on perd ses amis et où l'on ne s'en fait plus. » L'année suivante nouveaux appels : a II faut nous dépêcher d'user du peu de temps qui nous reste pour resserrer les liens qui nous unissent et qui ont survécu à tant d'orages.» Et le 15 mai 1859 : «Il y a des siècles que je n'ai eu de vos nouvelles; d'autres siècles depuis que je vous ai vu. Nous sommes cependant dans un temps ou l'on a besoin de se voir et de se recorder, comme disait M. Mole. » Cette année-là ils purent se voir, et nous avons dit avec quel courage M. de Montalembert acheva et put lire à ses amis son beau travail pour la défense du Saint-Siège : La France en 1849 et en 1859 '.
Des Moines d'Occident, dans cette correspondance et dans ces entrevues, il est, bien entendu, sans cesse question. Ayant voulu relire une fois encore le premier travail. imprimé mais non publié, et qui ne devait jamais l'être. I'évêque d'Orléans (I4avril 1850)en parleainsi à son ami: « Un regard que je viens de jeter sur votre volume a ravi et reposé monàme. Que j'aime celui qui a écrit ces pages! Et combien sa vraie nature est ignorée de ceux qui croient la connaître le plus ! » L'année suivante, M. de Montalembert ayant été reçu à l'Académie française, I'évêque d'Orléans se préoccupe de son discours, et il lui écrit : « Je voudrais bien que votre discours de réception fût un
!. Correspondant, janvier 1860.
VIE DE MONSEIGNEUR Dl'PANLOUI».
accent de cette àmc que Je monde politique ne connaît pas, et que je ne connais bien moi-même que depuis la lecture du livre inconnu que vous savez. »
Enfin, M. de Monlalembert se décida à mettre la main à l'œuvre : « Je vais, écrit-il à l'évèque, le 4- mai 1852, passer ma dernière semaine de liberté à la campagne; j'emporte avec moi le volume que vous avez annoté en 1847, et, dès que la session sera terminée et que j'aurai pris une saison d'eaux, je compte me replonger dans le Monasticon et le publier à la fin de Tannée. » Il s'aperçutbientôt, une fois qu'il y eut regardé, que ce ne serait pas chose si facile. « Je m'occupe de mon Monasticon, écrit-il le 22 octobre 1852, et suis désolé de ne pouvoir pas déchiffrer le sens d'un grand nombre de notes au crayon dont vous avez honoré mon volume. Mais il en est beaucoup aussi que je lis parfaitement, dont je compte faire mon profit, et qui me remplissent de la plus vive reconnaissance pour votre bonté à mon égard. » A travers les déceptions de la vie politique, les polémiques pour ses causes, les atteintes d'un mal implacable, il pousse son œuvre; l'évèque en suit avec sollicitude tous les développements, il en lit de longs fragments dans ses visites à la Roche-en-Breny. Le 20 août 1859, fête de saint Bernard, il écrit à l'auteur : « Le 19 septembre, en la fête de votre chère sainte Elisabeth, que je relis pour la cinquième fois, et qui est le coté par lequel je tiens de plus près à votre àme, et le 20 août, fête de saint Bernard, je pense à vous depuis de longues années, et je prie particulièrement pour vous, tant bien que mal. Ce matin donc, après ma messe, il me vint en pensée que vous aviez bien besoin de la vraie lumière de Dieu pour l'accomplissement vraiment utile de la grande, œuvre dont vous vous occupez. Ceux, dont vous allez plaider la cause ont autant besoin de leçons pour eux-mêmes que le siècle présent en a besoin pour lui en sa faveur. Ce qu'il faudrait leur éviter, à eux, à notre pays et à l'Eglise, ce sont de nouvelles catastrophes, inévitables à mes yeux, et même dans un avenir prochain, si les vrais amis de l'Eglise et de la vérité ne viennent à leur secours. Je n'ose plus vous parler de saint Bernard et de l'extrême