‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 225 sur 231 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

4i II faut que vous sachiez, monsieur, que je suis, moi, an athée. » Le catéchisme avait eu vite raison du petit incrédule. Cependant la première communion n'avait pas empêché les écarts de la jeunesse ; la foi s'en était allée, la fortune aussi. Les vicissitudes de sa vie l'avaient conduit à Grenoble. Ayant appris qu'il était là, l'évêque voulut le revoir: quelques conversations lui suffirent pour tout réveiller dans cette conscience où il avait déposé des germes qui y dormaient oubliés. Quand, après avoir communié à la petite chapelle de Lacombe, dont il ne pouvait plus s'arracher, le converti en sortit enfin, on trouva baignée de ses larmes la place qu'il avait occupée. Il fit la mort d'un prédestiné.

«Lacombe, lui écrivait une jeune fille, que ses parents, grands amis de l'évêque, lui amenaient là de temps en temps, et dont il prenait un soin paternel, Lacombe, j'y ai de bien chers souvenirs; le bon Dieu m'y a touchée ; la grâce et la paix ont passé sur moi... Enfin, Lacombe est pour moi une sphère supérieure aux sphères ordinaires... Il me semble qu'on y est, au physique et au moral, élevé au-dessus des brouillards, dans la lumière... »

Disons en terminant un mot de cette jeune Anglaise, Harriett Shilletto, « pauvre petite colombe effarouchée par l'erreur, et venant à tire-d'aile s'abattre sur les créneaux de Lacombe, où l'attendait ce grand aigle de Dieu, pour l'emporter jusqu'au ciel1 ». C'est en ces termes qu'un des témoins de ce « miracle de grâce et d'amour » — volontiers nous empruntons de nouveau cette expression de l'abbé Gerbet — en parlait longtemps après; âme candide et pure, mais portant au fond d'elle-même une souffrance, des aspirations auxquelles son incomplète religion séparée ne donnait pas satisfaction. Il la rencontra, pendant une tournée pastorale, dans une famille où elle était institutrice. Elle éprouvait, à la pensée de se trouver en présence du grand champion du Pape, à la fois de la frayeur et de l'attrait. Il ne lui fit que quelques

1. Lettre de M. Mollière, avocat de Lyon, et grand chrétien; un des amis de M. Du Boys et hôte habituel de Lacombe.

questions : « Savez-vous bien pourquoi vous n'êtes pas catholique? — Ètes-vous bien sûre d'être dans la vérité chrétienne, vous qui avez tant varié? — Pouvez-vous effacer de l'Evangile le Tu es Petrus? » C'était en 1862, il allait partir pour Rome, où Pie IX avait convoqué 1 episcopat catholique; ces simples questions suscitèrent en elle des réflexions qu'elle n'avait jamais faites. Un mot retentissait sans cesse à son oreille. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » Puis, elle comparait cette sécurité tranquille des catholiques dans une foi immuable avec cette mobilité incessante de la réforme. « Nous allons toujours, disait-elle, mais où? Au catholicisme peut-être, d'où nous sommes sortis. Lui, il demeure sur la pierre qui le porte, toujours le même; nous, qu'étions-nous hier, et que serons-nous demain? »

Ses angoisses s'exprimèrent dans une lettre que l'évêque, déjà en route pour Rome, reçut à Paris. De Paris, de Marseille encore, de Rome même, car les plus grandes affaires de l'Eglise ne pouvaient lui faire oublier uneàme, il lui répondit. Il suivait, sans le précipiter, le travail qui se faisait en elle ; attendant ce qu'il appelait la maturité de l'œuvre divine: il n'argumentait pas, mais lui ouvrait les grands horizons catholiques, et surtout la faisait beaucoup prier, car au point où elle était arrivée, c'était moins un effort de l'esprit qu'un élan de cœur et surtout une touche de la grâce qui pouvait briser ses dernières entraves.

Le jour de la Pentecôte, cette grâce lui vint: elle tombe à genoux, comme frappée d'un vif coup de lumière: la voila catholique dans son cœur : l'évêque reçut cette nouvelle à Home; mais ce fut à Lacombe, ou il s'était arrêté au retour, comme nous l'avons dit, que deux longues lettres d'elle lui dirent tout. La beauté de l'unité, et surtout, plus encore que la vérité totale, l'amour total dont l'Eglise a le trésor, voilà le coup de lumière qui l'a éclairée. « L'Eslise a l'Eucharistie, disait-elle, don total de Dieu à l'homme; l'Eglise enfante la virginité, don total de l'homme à Dieu ! Je crois qu'il y a la plus grande vérité là on il y a le plus grand amour. » L'évêque poussait des exclamations en lisant ces lettres : ses hôtes en furent

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