CHAPITRE III
croisent, les surprises qui naissent d'une observation imprévue qu'on n'a pas le temps de méditer, ne permettent là aucun travail d'ensemble; c'est l'œuvre d'un conseil peu nombreux, dont les membres suivent habituellement les affaires, et se tiennent au courant de ce qu'apprennent les correspondances quotidiennes». Ces préparations se faisaient à Orléans dans un conseil particulier des archidiacres. Puis, elles étaient portées et discutées au grand conseil. Car, « il est non seulement avantageux, mais absolument nécessaire que l'évêque dirige ce grand travail, y préside, et décide. C'est son premier devoir. Xul ne peut l'y remplacer. Lui seul d'ailleurs peut trancher certaines difficultés qui se présentent, éviter ces discussions et ces lenteurs desquelles il résulte que, pour en finir, on se décide quelquefois pour le parti qui n'est pas le plus sage».
Pour lui, la grande règle — elle est de droit divin — c'était de choisir « le plus digne par sa piété et ses talents : idoneos, dit saint Paul: dignior es, dit le concile de Trente*. Et pour faire ce choix, « le mérite personnel des sujets, vu d'ensemble, disent les règlements, doit toujours être pris en considération : talents, vertus, savoir-faire pastoral». Le mérite vu d'ensemble, car c'est par là que valent les hommes; et aussi «une vue d'avenir. Certains sujets, par les dons de nature et de grâce qu'ils ont reçus de Dieu, sont destinés un jour aux postes les plus importants. Un placement bien calculé les y prépare; un placement tel quel les éteint, en fait des hommes très vulgaires, et pour toujours. »
« 11 faut placer, disent encore les règlements, autant qu'il est possible les bons prêtres auprès les uns des autres ; les grouper ensemble dans l'archidiaconé, dans le canton où la religion est le plus en honneur ; ou bien encore où la religion souffre, et où il faut lui porter secours ; mais, en tous cas, ne pas les disséminer: les disséminer, c'est les affaiblir. »
On voit, par le peu que nous venons de dire, ce qu'il faut penser de la légende qu'on a cherché à créer sur sa facilité à déplacer ses prêtres : on voit du moins par quels motifs il le faisait.
Le placement des jeunes prêtres surtout était pour lui l'objet d'une sollicitude particulière : « De là, disait-il, peuvent dépendre leur persévérance et leur salut, et par conséquent tout le bien qu'ils pourront faire dans toute la suite de leur vie. » 11 fallait, selon lui, considérer : « 1° avec quel curé on les associe ; 2° avec quels confrères, s'il y en a plusieurs. » « Quand j'étais Supérieur de séminaire, a-t-il écrit, je me disais souvent, en considérant nos plus fervents séminaristes : Oh ! si ces jeunes gens pouvaient, au sortir du séminaire, se trouver réunis ensemble ou rapprochés, comme ils s'aideraient à persévérer, et quels prêtres ils deviendraient! » Une de ses attentions les plus grandes, quand il s'agissait de les placer, était donc de « ménager ces rapprochements le plus possible » ; et aussi, de « prévoir les suites et l'influence des relations qu'ils pourraient former avec certains confrères voisins ».
Il posait en principe qu'il faut tout faire pour placer les jeunes gens là ou ils auront des confrères pieux, et un bon curé doyen; et aussi un ministère; la ou ils pourront s'occuper des âmes : « Autrement, disait-il, ils meurent d'ennui ou de regrets. »
Les jeunes prêtres, avec quelle émotion il en parlait î Quel intérêt profond il leur portait ! « S'il y a des âmes dont nous répondions plus particulièrement et très immédiatement devant Dieu, a-t-il écrit, ce sont sans contredit les âmes des prêtres, et surtout de nos jeunes prêtres : ces âmes si précieuses, si ferventes, si pures, quelquefois si hautes et si nobles : ces âmes destinées à accomplir de si grands biens et de si grandes choses, mais livrées d'abord à de si grands périls! Voilà les âmes pour lesquelles nous ne craignons pas seulement d'avoir à rendre à Dieu le compte le plus redoutable, mais pour lesquelles nous sentons aussi un amour si vif et si tendre, qu'il est dans notre cœur plus fort que la mort et deviendrait au besoin plus dur que l'enfer contre ceux qui le blesseraient en blessant des âmes si chères. Et pour les défendre il n'y a rien que je ne sois prêt à faire, et que vous ne deviez faire vous-mêmes... »