‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 25 sur 231 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« Il n'y a rien de plus cruel, disait-il encore, pour ce jeune prêtre qui sort du séminaire, plein du souvenir des bontés qu'il y a rencontrées, plein de coniiance en la Providence et dans les vertus des curés auxquels on le confie, et qui se sent tout à coup isolé, négligé, oublié, et comme abandonné. » Cette pensée lui était insupportable, et nous l'avons vu plus d'une fois pleurer en nous décrivant celte situation ; et bien qu'il ait appelé souvent, dans ses allocutions et dans ses lettres pastorales, l'attention de MM. les curés sur leurs devoirs envers les jeunes vicaires, il croyait ne l'avoir pas fait assez : et il voulait, avant de mourir, le faire une lois encore; il avait, quand la mort est venue le surprendre, une grande lettre pastorale en préparation sur cette matière. Quels cris il eût poussés dans cette lettre vers MM. les curés! Quelles adjurations il leur eut fait entendre sur leurs devoirs envers les jeunes prêtres, en même temps qu'aux jeunes prêtres sur leurs devoirs envers les curés ! Le soin paternel et pastoral des vicaires, c'était là, nous disait-il, la recommandation suprême qu'il voulait (aire a son clergé, et comme ses nocissinia verba.

Un autre point où se portèrent aussi tout d'abord ses plus vives sollicitudes, ce fut la vie commune à établir entre les curés et les vicaires. Elle n'existait pas, du moins d'une manière générale, et à l'état d'institution, de règle, dans son clergé. Il résolut de l'établir, et ce n'est pas là, assurément, un des moindres biens qu'il ait opérés dans son diocèse.

Mais là encore il procéda avec une sage lenteur, et avec les ménagements nécessaires, pour ne pas heurter des habitudes depuis longtemps contractées, et tenir compte des exceptions raisonnables. Il y avait peu à peu accoutumé les esprits ; car dès la première retraite il avait annoncé son dessein arrêté d'en faire une obligation, mais dans l'avenir seulement, pour tous ceux qu'il nommerait désormais à des cures à vicaires ou à des vicariats. Et comme il arrive toujours, quand il s'agit d'une mesure manifestement s.ige et utile, plusieurs de ceux qui n'y

étaient pas obligés l'embrassèrent spontanément. Ce fut en 1854 qu'il l'établit d'une façon définitive. La lettre pastorale qu'il publia à ce sujet est singulièrement remarquable '.

L'institution de la vie commune dans le clergé se rattachait à une autre grande préoccupation de l'évêque d'Orléans, qui était d'augmenter le nombre de ses prêtres/ de ses collaborateurs. En étudiant, de près et a fond, comme son premier soin avait été de le faire, l'état des paroisses de son diocèse, il avait été frappé, beaucoup plus qu'on ne l'était autour de lui, de sa pénurie d'ouvriers. Or un de ses grands principes encore était de multiplier les centres d'action et les ouvriers, afin de multiplier les travaux du zèle.

«Où en sommes-nous? s'écriait-il... Nous avons un grand nombre de paroisses sans vicaires, où il en faudrait au moins un ; beaucoup d'autres qui en ont, et où il en faudrait plus qu'il n'y en a : notre diocèse, sous ce rapport, est un des plus malheureux de France...;) Et, à cette vue, son âme éclatant, il s'écriait : « Ah ! sans doute, nous sommes résolu à ne rien négliger pour remédier à tout ce lamentable état de choses, dont nous laissons paraître seulement quelques traits a vos yeux ! Xous y mettrons toutes nos forces, toutes nos ressources : notre argent, ce n'est rien ; nous y mettrons notre vie, notre sang, s'il le faut. »

Et, en effet, multiplier les succursales, les vicariats, telle fut sa constante préoccupation pendant tout son épiscopat. L'état des paroisses, dans son diocèse, constamment sous les yeux, il activait sans cesse les archidiacres, il écrivait infatigablement de son côté, à la préfecture, au ministère, pour hâter cette œuvre qui lui tenait tant à cœur : pourvoir aux postes érigés, mais inoccupés; créer ceux qui étaient nécessaires.

Mais il fallait en même temps, pour remplir tous ces postes, trouver des prêtres; d'abord dans son diocèse, et

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