‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 26 sur 231 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

par conséquent multiplier le clergé diocésain : de là, tout ce qu'il essaiera dans ses séminaires; et puis, à défaut du clergé diocésain, chercher au dehors.

La première fois qu'il s'ouvrit de cette dernière pensée à son conseil, il rencontra quelques scrupules, et, à l'endroit des prêtres venus des diocèses étrangers, les ordinaires ombrages : au-dessus de ces petites raisons il mit les grandes, et passa outre. Que de démarches il fit dans ce but auprès des évèques plus heureux que lui sous ce rapport! Quelle active correspondance! Il s'en occupait dans ses voyages en Savoie; et il fit aussi deux fois dans cette pensée des courses à Mende. Il avait été heureux dans celte œuvre à Paris, au Petit Séminaire de Saint- Nicolas; il ne le fut pas moins à Orléans. Ce qu'il cherchait de préférence, c'étaient des jeunes gens, déjà avancés dans leurs études, ou déjà entrés au Grand Séminaire, et pouvant achever de se former sous ses yeux, et sous l'habile direction des prêtres de Saint-Sulpice auquel son Grand Séminaire était confié. Que de sacrifices il fit dans ce but, que Dieu seul connaît, que Dieu seul a comptés, et dont le diocèse profite aujourd'hui, sans même soupçonner ce qu'il en a coûté à son évèque! Veut-on savoir à quel résultat il est arrivé ici, et combien, en dix ans seulement, il était parvenu à faire entrer dans le clergé diocésain de prêtres qui ne lui appartenaient pas par leur origine? c Plus de cent trente. » « Sans ces cent trente auxiliaires, écrivait-il, que deviendrait mon diocèse, où, malgré ce secours, la disette de prêtres est encore si grande? >.> Et, en effet, dans la même lettre pastorale, il constatait qu'il en manquait encore au diocèse d'Orléans « cent vingt-neuf. Et cela sans aucune surabondance, mais pour les besoins pressants du diocèse, et le service matériel des paroisses l ». On conçoit que son zèle à cet endroit ait été tenu jusqu'à la fin en haleine.

Quant au maintien de la discipline dans le clergé dio-

1. Lettre sur la rareté des vocations ecclésiastiques. Loc. cit., p. 562-

césain, chose si grave, là, assurément, sa main était ferme, et, quand il le fallait, il savait faire sentir, quoi qu'il lui en coûtât, l'autorité. Il a écrit : « Il faut qu'un supérieur sache faire de la peine: » c'est encore plus, helas! en certaines occasions, le devoir impérieux de Pévêque. Mais la charité, la bonté, la paternité, n'étaient jamais absentes de ses plus nécessaires rigueurs. Et, d'abord, nul plus fjue lui n'eut ce zèle courageux et affectueux qui ne craint pas d'avertir. « Il faut, a-t-il écrit, avertir chacun. Le devoir de l'avertissement est le premier de mes devoirs. Cela coûte, mais c'est le devoir... Pour le bien remplir, ce devoir, il faut se faire bien des violences; se rapetisser, se contraindre, se proportionner, s'exposer à causer des froissements... Uien quelquefois n'est plus pénible. Mais il le faut. On prévient par là le mal, et quelquefois les plus grands maux. Il faut avertir, réprimant rler, réprimer, corriger. Mais, avant tout, avertir. » Les règlements insistaient avec force sur ce point. « Avertir au besoin est un grand devoir : c'est même le premier devoir de l'autorité; c'est la très bonne autorité: c'est celle qui instruit, forme, encourage; celle qui prévient le mal; celle qui fait faire le bien. Et cependanl, c'est ce qui coûte le plus, mais c'est à quoi la conscience nous fait un devoir de nous appliquer sérieusement... C'est une étrange chose que l'illusion de très bons prêtres, et quelquefois des grands vicaires eux-mêmes et des curés, sur ce point capital. Un seul mot dit charitablement à leurs confrères, ou à l'autorité, eût suffi pour prévenir de grands malheurs : et ce mot, ils ne le disent pas, même quand c'est pour eux, en qualité de supérieurs, un devoir impérieux de le dire; et ils ne se décident a parler que quand il n'est plus temps, et quand les malheurs éclatent. »

Dans ces mêmes pensées, il eût voulu pouvoir, par la discipline préventive, se dispenser de la discipline répressive : de là quelquefois des mesures qui ont pu étonner ceux qui n'en connaissaient pas les motifs secrets; aussi prompt dans l'action, quand il en avait reconnu la nécessité, qu'il mettait de maturité dans l'examen des raisons d'agir: adoucissant, du reste, autant qu'il le pouvait, par

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