CHAPITRE PREMIER
voyais clairement le bon plaisir de Dieu... Autrement, non. »
Il en était là, quand survint un incident raconté ainsi par M. de Falloux : « Quelques jours après je recevais le cardinal Giraud, archevêque de Cambrai, revenant de Gaëte, où il avait bien voulu se charger, auprès de Pie IX, d'une mission officieuse à laquelle j'attachais, pour mon compte, une grande importance. Après avoir causé longuement avec le cardinal de sa mission et de ses résultats, je lui parlai de 1 évèché d'Orléans et je lui demandai quel serait son choix.
i II n'y en a qu'un, me répondit-il, l'abbé Du panloup.
» — Il m'a impitoyablement refusé.
» — Il faut lui envoyer le P. de Ravignan.
» — Je n'y ai pas manqué; mais le P. de Ravignan a échoué comme moi. »
» Le doux et vénérable cardinal Giraud prit alors une physionomie sévère et me dit : « Je viens de voir de près les malheurs de l'Eglise, m'autorisez-vous à en faire le tableau à l'abbé Dupanloup, et à le faire rougir d'un refus qui ne peut pas durer plus longtemps?
» — Je ne vous y autorise pas, monseigneur, je vous en supplie. »
» Le cardinal allait me quitter pour se rendre chez l'abbé Dupanloup, lorsque je lui dis : « Ne vous contentez pas de quelques paroles respectueusement évasives qui nous laisseraient retomber dans l'embarras; exigez une parole écrite, et veuillez la laisser entre mes mains avant votre départ. »
» On voit jusqu'où je poussais la méfiance; cette méfiance n'était pas exagérée ; le cardinal ne reparut pas chez moi durant quarante-huit heures. »
Les raisons du cardinal, exposées avec une vive éloquence, avaient fortement ébranlé l'abbé Dupanloup. Il ne céda cependant que le jour suivant, le vendredi d'après Pâques, 13 avril, après avoir lu le matin à sa messe les belles et encourageantes paroles de la liturgie : Euntes, docete omnes génies, etc.; et l'admirable oraison : Cou-
cède quœsumns, omnipotens Deus, etc. l. Alors, fai - « un dernier abandon de sa vie à la Providence », acceptant d'être «une dernière fois mis en pièces », il se décida à écrire à M. de Fallonx la lettre suivante :
vendredi de Pâques (13 avril).
» Monsieur le ministre,
» Le mot qui vous a décidé me décide. Satins est Dei causa servitutem subirequam, crucis fugâ, perfrui liber-
ta te.
» C'est donc fini : je vous donne ma triste, mais certaine parole : Oui.
» Malgré la douloureuse influence que vous aurez eue sur ia fin de ma vie, vous n'en êtes pas moins très avant dans mon cœur, el vous savez tout ce que Dieu y a mis pour vous de tendresse et de respect.
» F. Dupanlodp. »
Ce papier, où il discutait ainsi l'épiscopat, nous l'avons entre les mains: il y jetait souvent les yeux, il l'avait encore avec lui dans sa dernière retraite à Einsiedeln quelques jours avant sa mort; il y avait un jour ajouté les lignes que voici : « Ceci a été écrit au mois d'avril 1849 ; je le relis a Ruine le '2ij décembre 1850, et avec grande consolation. Ce sera une grande consolation dans tout l'avenir de pouvoir dire : Non vos me eligistis, sed ego elegi vos. Tout est la. Seulement il faut répondre avec iidelite et courage. » Voilà comment devint évêque celui qui s'appellera dans l'histoire i'evèque d'Orléans.
Le lendemain, le P. de Ravignan lui écrivait : « M. lié Falloux m'a écrit un mot touchant après vous avoir adressé le premier Monseigneur. Eh bien ! oui, Dieu h' veut ! Je suis triste en mou âme : il me semble que je perds un ami: mais je sais bien me mettre de coté pour retrouver et vénérer un évêque. »
]. Utveterem cum suis aclibus hominem déponentes, inilliusconfilone vivamus, wl cujus nos substantiam hiscozleHiibu^ mysteriis ilisti.