CHAPITRE IV
sous une forme quelconque, — outre les catéchismes des petits enfants dont il faisait à tous un rigoureux devoir, et ceux de première communion, — des catéchismes de persévérance, même dans les villages. Le Saint-Père goûta beaucoup cette idée, et, dans un bref qu'il lui adressa, il joignit ses exhortations les plus pressantes aux siennes, pour inspirer au clergé catholique tout entier le zèle de cette grande œuvre.
En même temps l'évêque d'Orléans mettait la dernière main à un important travail qui l'occupait depuis longtemps, le catéchisme Orléanais. Il était à refaire. On ne soupçonne pas quel labeur c'est qu'un catéchisme. En général, rien n'est plus difficile que de résumer la doctrine en formules élémentaires; dans un catéchisme surtout, destiné à être appris par cœur, pas un mot qui ne doive être pesé, choisi, et rejeté s'il est de trop, ou insuffisamment simple, clair, exact, précis. Et ce qui ajoute à la difficulté, c'est que ce livre est le même pour des enfants d'âges divers et de culture inégale. Enfin ce livre des enfants devrait être aussi celui des hommes. Pour résoudre ces problèmes, l'évêque d'Orléans prit pour point de départ les divisions ordinaires des catéchismes : petit catéchisme, catéchisme de première communion, et catéchisme de persévérance: un triple sillon est ainsi tracé, toujours plus profond, dans Pâme des enfants; l'enseignement s'élève de degré en degré. Le petit catéchisme est aussi succinct que possible; le catéchisme destiné aux enfants de la première communion reprend et développe chaque chose, en reproduisant toujours, point capital, en termes identiques la demande dans la réponse ; enfin un ingénieux système de questions complémentaires, indiquées par des croix, questions facultatives avant la première communion, et pouvant devenir obligatoires pour les catéchismes de persévérance, lui permet de dépasser, sans surcharger les enfants et sortir du cadre accoutume d'un catéchisme, la limite ordinaire de l'enseignement élémentaire. Nous pouvons dire, sans exagération, et quelles que soient les réserves qu'il y aura toujours à faire sur un ouvrage de celte nature, que ce catéchisme Orléanais,
sans doute n'est pas la perfection, toujours impossible à atteindre, mais du moins est le meilleur catéchisme que nous connaissions. En outre, préoccupé de cette pensée que nous exprimions tout à l'heure, que le catéchisme devrait être le livre des hommes non moins que des enfants, l'evèque d'Orléans imagina d'offrir aussi ce catéchisme aux hommes : pour cela, sans y rien changer, simplement en supprimant les croix qui indiquaient les questions facultatives, il en fit faire une très belle édition, avec ce titre : Catéch isme à V usage des hommes du monde 1, et il la fit précéder d'une éloquente introduction. Il fut étonné lui-même du succès de cette édition, dont dix mille exemplaires s'écoulèrent en peu de temps : preuve qu'elle répondait à un sérieux besoin. Qui ne sent, en effet, l'immense avantage de posséder sur toutes les questions religieuses un formulaire court, exact, substantiel et lumineux? C'est un livre qu'on peut placer avec confiance entre les mains d'un homme, quel qu'il soit, désireux de connaître ce qu'est le christianisme, et ce qu'enseigne au vrai l'Eglise. M. de Montalembert, à qui l'évêque en avait adressé un exemplaire, lui écrivait : c Depuis que vous m'avez envoyé ce catéchisme, j'en lis tous les matins avec grand intérêt un chapitre avant toute autre étude. » Ce catéchisme fut communiqué au clergé Orléanais par une nouvelle lettre pastorale, qui était un nouvel et grand enseignement sur l'œuvre elle-même; car, si la lettre, si le texte du catéchisme c'est beaucoup, l'art, la science catéchistique, c'est bien plus. Et ce n'était pas encore assez au gré de son zèle; l'œuvre catéchistique était à ses yeux si grande, qu'une ou plusieurs lettres pastorales ne pouvaient suffire pour en instruire à fond le clergé, pour en développer, dans toute son ampleur, la théorie, et en exposer, sous la variété infinie de ses formes et de ses industries, la pratique. Il conçut donc le projet de ramasser toute sa science, toute son expérience de l'œuvre, dans un volume qui serait en quelque sorte le legs de son cœur à l'Eglise, et comme un monument élevé par lui à ce