CHAPITRE IV
ministère qu'il appelait YQEubre par excellence, et tel est le titre qu'il donna à ces Entretiens sur le catéchisme. Ce travail lui paraissait si nécessaire, qu'il s'obligea par un vœu formel à écrire ce volume. « Il faut que je fasse ce volume, j'en ai fait le vœu. Mais il faut qu'il soit de telle sorte, qu'il décide enfin à faire l'œuvre par amour. » Nul ouvrage de lui, peut-être, n;est plus utile, et ne révèle plus quel prêtre il était, et quel apôtre. C'est dans ce livre aussi, sans même en excepter l'ouvrage sur l'éducation, qu'il a écrit ses pages les plus suaves sur l'enfance.
Il y a dans ce livre une partie théorique et une partie pratique. L'idée fondamentale de l'évêque d'Orléans sur le catéchisme, nous la connaissons déjà : c'est, à ses yeux, à la fois l'instruction et l'éducation religieuse des enfants. Apprendre aux enfants la religion, ce n'est que la moitié de l'œuvre; il faut de plus leur faire aimer Dieu, et pratiquer la religion, et les accoutumer à cette pratique pour le reste de leur vie. Quant à la partie positive et en quelque sorte technique, les expériences qu'il raconte, les industries de zèle qu'il suggère, ne sont pas seulement les siennes, mais celles aussi de ses meilleurs piètres, avec lesquels il avait eu sur ce sujet, nous l'avons dit, une active correspondance. De telle sorte qu'il n'y a dans ce livre rien qui ne soit pratique, puisqu'il n'y a rien qui n'ait été quelque part pratiqué. Le reproche que nous pourrions lui faire, au point de vue de l'art, c'est la multiplicité de ces exemples. En vain quelquefois on lui disait : « Mais vous chargez trop vos chapitres. » « Qu'importe? répondait-il; cela encore peut être utile, mettons-le. » Cet ouvrage devrait être classique dans les séminaires.
En même temps que l'évêque d'Orléans animait de la sorte son clergé aux œuvres pastorales, il essayait aussi d'entretenir dans son diocèse le goût du savoir et des études ecclésiastiques. Il soufflait cette llamme tout à la fois aux élèves de son Grand Séminaire et aux prêtres des paroisses. Que de fois les jeunes ecclésiastiques de son
n VIE DE MONSEIGNEUR DtfPAKLOUP.
Grand Séminaire le virent-ils apparaître tout à coup dans la salle des exercices, à l'heure de la lecture spirituelle, et là, ouvrant ses lèvres et son cœur, les exhorter au travail non moins qu'aux vertus sacerdotales!
Mais des paroles ne suffisent pas : il faut des institutions. Il y avait dans son diocèse les examens, qui avaient lieu pour tous les jeunes prêtres, chaque année, pendant six ans. et les conférences qui réunissaient, sept fois Tannée. au chef-lieu, tous les prêtres d'un canton, pour y traiter des matières theologiques. Une ordonnance de Ms* Fayet de 1843 avait parfaitement réglé ces choses. Mais le nouvel évèque avait à surveiller ces examens et ces conférences, à les stimuler, à y mettre la vie, a les rendre sérieux, et féconds en résultats; à empêcher qu'insensiblement, comme il arrive facilement dans les choses périodiques et de longue durée, le relâchement et la routine, deux fléaux destructeurs de tout, et qui sont perpétuellement à combattre, ne s'y introduisissent pour les stériliser.
Les examens dépendent en grande partie des programmes : l'évèque d'Orléans lit refaire ces programmes, et ce tut un considérable labeur que ces plans d'études ecclésiastiques , distribuant, avec intelligence, et sens pratique, d'immenses matières, pour une série de douze années. Apres cette longue expérience, ils furent encore remaniés, et, sous la forme définitive qu'ils recurent alors, ils présentent, nous ne craignons pas de le dire, un résumé des plus remarquables des diverses branches de la science, et un précieux guide, pour le prêtre qui voudrait les suivre, a travers ce vaste champ des éludes ecclésiastiques l.
Mais sa grande innovation, ce fut la restauration des grades theologiques. Eu l'absence des facultés canoniques de théologie en France, les grades, ce puissant stimulant pour l'étude, étaient tombés en désuétude, dans son diocèse comme partout, et c'était là un de ses regrets; car les grades, c'est un but direct au travail, c'est une pré-
1. Ils forment le tome VI des Œuvres choisies, publiées en 1862 chez Regis-Ruffet.