‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 42 sur 231 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

son long apostolat, la dette de la reconnaissance orléanaise1.

Dans ses prédications à sa cathédrale, sa parole prit toutes les formes et essaya tous les genres : d'abord les grands sermons; puis les homélies familières, les simples prônes; puis les conférences proprement dites. C'était bien l'apôtre se faisant tout à tous pour les gagner tous. Si chrétienne que fût sa ville épiscopale, il y avait la, comme partout, des hommes excellents, mais qui étaient jeunes en 1830, et que le souffle d'incrédulité qui passait alors sur la France avait emportés, et qui n'étaient pas encore revenus. Ces hommes, qu'il aimait plus tendrement peut-être que les autres, et qui l'aimaient aussi, qui le vénéraient, il eût tout donné, tout fait, pour avoir leurs âmes. Voilà pourquoi il se jeta lui-même si ardemment dans l'apostolat.

Nous avons dit comment il s'était mis à cette œuvre dès 1850, dès le premier carême qu'il passa à Orléans, dès la première occasion qui s'était offerte à son zèle, et aussi comment le cours de ces prédications avait été tout à coup interrompu par la perte d'un de ses yeux. L'année suivante, dès son retour de Rome, il voulut recommencer. Il annonça donc qu'il reprendrait, tous les dimanches du carême, ses instructions dogmatiques et morales, les sermons de la semaine étant laissés au prédicateur de la station: et que des places spéciales seraient réservées aux hommes dans la grande nef de Sainte-Croix. Et la veille du premier dimanche, comme un homme de guerre qui veut se rendre compte du champ de bataille, il se transporte à sa cathédrale. « Je le vois encore, nous a écrit l'un de ceux qui étaient là, avec l'ardeur qu'il mettait à toute chose, parcourant la nef, se rendant compte des places, se préoccupant surtout du placement des hommes. » Il lit entourer de barrières, dans la grande nef, un espace à eux

1. M. Arthur Johannet, Travailla devant l'Académie de Sainte-Croix. le 28 octobre 1878, quelques jours après les funérailles de l'évèque d'Orléans.

réservé. Le second dimanche, il fallut reculer ces barrières; le troisième dimanche les reculer encore : et, enfin, abandonner aux hommes toute la nef. au grand déplaisir des dames, dont quelques-unes lui adressèrent par écrit des plaintes, auxquelles il répondit, non sans provoquer quelque hilarité dans son auditoire, quand il lut, par exemple, le passage suivant d'une des lettres qu'il avait reçues : «Voila maintenant les impies qui vont à l'église! Vous le voyez, avec les meilleures intentions, Monseigneur, vous perdez la religion. »

Il avait parle, en 1850. sur la création de l'homme, et les dignités de la nature innocente. Reprenant ces instructions au point ou il les avait laissées, il traita cette année de la chute et de la rédemption par la croix. Sur les ruines de l'homme tombé, Et fuit ruina illius magna, mines de son intelligence, de son cœur et de sa volonté, il eut des développements admirables. Dans les sermons qui suivirent, sur la lutte morale, et les conditions du retour, il saisit plus puissamment encore son auditoire. Le sermon sur la vertu triomphante des passions, — nous en avons cité un long fragment dans notre premier volume.— porta l'enthousiasme au plus haut point. « Encore un comme celui-là, disaient le soir, dans un salon, deux magistrats, et nous serons obligés de nous rendre. »

Mafs son sermon sur la croix le jour des Rameaux — la croix, supplice prophétisé, supplice ignominieux, supplice glorieux. — fit une impression plus profonde encore, La péroraison de ce discours, entre autres passages, laissa un long souvenir aux Orléanais. Longtemps encore après on se souvenait de ses magnifiques apostrophes a la croix :

« ... Nous aimons a voir la croix dominer nos grandes cités : elle nous protège du côté du ciel. Xous aimons à voir les morts qui nous sont chers dormir à l'ombre de la croix : elle protège leur sommeil jusqu'au jour de la résurrection... 0 vous, qui que vous soyez, qui n'avez peut-être pas le bonheur de partager notre foi, si vous n'adorez pas la croix avec nous, du moins ne l'insultez plus! Car, je vous le demande, où irions-nous chercher

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