‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 46 sur 231 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

alla croissant chaque soir, au point que les portes durent être refusées à plus de mille personnes... Le peuple était le plus empressé. Pendant toute la semaine sainte et sur la demande des ouvriers eux-mêmes, les fabriques ont ouvert et fermé une heure plus tôt... Ceux qui ont assisté chaque soir à la sortie de cette multitude peuvent dire de quels flots les rues étaient inondées : la vaste place de Sainte-Croix en était toute noire, pour nous servir d'une expression pittoresque que nous avons entendue, et les grandes artères de la cité semblaient des déversoirs ou se ruait le trop-plein d'un fleuve déborde. -»

Devant ce vaste auditoire, l'évéque ravi s'écriait : «Qui vous a amenés ici? Quelle force vous a arrachés de vus demeures, de vos réunions, pour vous assembler en ce lieu? J'ai jeté dans la rue un petit papier annonçant que la parole de Dieu serait prèchée dans cette cathédrale, voilà tout; c'est là la violence que j'ai employée, et vous êtes accourus de toutes parts. »

« Il se surpassa dans cette retraite. » Il prêcha d'abord un de ses plus éloquents discours sur le salut; puis un autre sur la mort. Au milieu de ce sermon, au moment où il rappelait l'incertitude de l'heure finale, on entendit tout à coup sonner le timbre de la cathédrale; alors, lui : «Oh! oui, celle-ci vous l'avez entendue, Messieurs; mais la dernière! la dernière! Ultima latet !... » Ces cris d'âme lui étaient habituels. Puis il donna sur l'Enfant prodigue, ses égarements et son retour, deux sermons qui ont laissé des traces profondes dans la mémoire des Orléanais. En lin. le vendredi saint, il redit son magnifique sermon sur la croix. Et pendant qu'il se prodiguait ainsi aux hommes, l'infatigable évêque prêchait tous les jours des Conférences aux dames à Saint-Euverte.

Quelque chose qui frappa vivement les Orléanais dans cette retraite, ce fut le Miserere et le Stabat chantés, comme d'une seule voix, par toute cette foule. Nous disions tout à l'heure quelle importance il attachait au chant, surtout au chant des fidèles, de la foule. Son instinct d'apôtre ne le trompait pas ; il voulut donc faire chanter, à ces réunions; et, comme un missionnaire, il présidait

lui-même le chant. Ces six mille voix, s'élevant à la fois sous les voûtes de cette basilique, ébranlaient, quoiqu'on en eût, les âmes elles-mêmes.

Avant son sermon du vendredi saint, il engagea, par un de ces avis qu'il savait si bien donner, son vaste auditoire à conclure, à se préparer à la Pâques par la confession. Il rappela que tous les prêtres de la cathédrale seraient, comme ils l'avaient été toute la semaine, dès le matin, jusqu'à onze heures du soir, jusqu'à minuit, s'il le fallait, à leur poste, à leurs confessionnaux, dans leurs chapelles parfaitement éclairées ; et lui-même aussi: qu'il entendrait tout le monde, les cochers, les valets de chambre, les ouvriers aussi bien que les autres. On le prit au mot, et il confessa, le lendemain, dans la chapelle du Mois de Marie, jusqu'à minuit.

Et le jour de Pâques, quel spectacle dans cette cathédrale de Sainte- Croix ! « Chercherons-nous à dépeindre, cette grande scène? dit encore le narrateur que nous citons : elle est de celles qui ne se retracent pas. » L'évëque avait livré le sanctuaire et le chœur aux communiants. Ce qu'on admira surtout, dans cette foule d'hommes de tout âge, de toutes conditions, ce furent, rangés des deux côtés de l'autel, plus de cent grenadiers de la garde, qui portaient presque tous sur leur poitrine la médaille et la décoration de Crimée. Pendant près d'une heure et demie, L'évëque d'Oriéans lui-même distribua le pain eucharistique aux âmes que son cœur avait gagnées.

Et ce ne fut pas là un mouvement passager : celte grande chose, la retraite des hommes, fut définitivement fondée à Orléans. « L'évèque d'Orléans a donc été, non seulement un orateur admiré, mais un prédicateur auquel il a été accordé la plus précieuse récompense du ministère évangélique : la conversion des âmes. Il a fait à Sainte-Croix ces réunions d'homme inconnues avant lui. C'est sa parole entraînante qui les a suscitées, soutenues, et implantées définitivement dans les mœurs et les habitudes d'Orléans. Grâce à lui, à son zèle ardent, à sou active et constante sollicitude, se trouve créé dans notre

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