CHAPITRE VI. m
parloir, si joyeux, lui-même de leur aimable gaieté, et si édifié de leur ferveur et de leur austérité ! La Visitation surtout lui fut chère. Que de peine il se donna à une époque pour lui obtenir une supérieure éminente, dont le passage dans cette maison a été une bénédiction de Dieu ! Surgissait-il dans une communauté, ce qui peut arriver dans les maisons les plus ferventes, quelque difficulté? Il n'avait pas de repos qu'il n'y eût porte remède. Mais c'est assez pour laisser entrevoir quelles étaient ici ses sollicitudes épiscopales, et nous pouvons bien lui appliquer en terminant ce qu'il disait du pieux, archevèquede Bourges, dans le discours que nous rappelions tout à l'heure : « Paraissez ici, vous toutes, ses lilles devant Dieu, avec vos vertus et vos dévouements divers, et venez rendre témoignage a votre père. >;
Un mot maintenant des œuvres d'intérêt général, telles que la Sainte Enfance et la Propagation il<' la Foi, ces deux merveilles de la charité catholique en ce siècle. Ces œuvres ne tenaient pas, la dernière surtout, dans le tableau comparatif des diocèses de France, le rang que le diocèse d'Orléans semblait devoir occuper. Cette infériorité, plusieurs fois signalée à M?1' Dupanloup, l'affligeait, et depuis longtemps il méditait un grand effort pour les relever. Xos expéditions dans l'extrême Orient lui fournirent enfin, en 1857, l'occasion qu'il attendait. Xous combattions en effet depuis quelques années dans l'extrême Orient, avec l'Angleterre en Chine, avec l'Espagne en Cochinchine et aussi contre le Japon. Nous avions pris Canton Je 28 décembre 1857, les forts de Pei-IIo le 20 mai 1858; nous avions fait le traite du 20 juin avec la Chine, le traite du 9 octobre 1858 avec le Japon ; pendant cette même année 1858 et en 1859, nous avions fait des prodiges avec une poignée de braves en Cochinchine, pris Saigon, occupé Tourane, conclu enfin avec l'empire d'Annam un traité qui assurait à la France et à l'Espagne des stations importantes en Asie, et à la religion sa liberté. Mais l'Europe distraite accordait à peine un regard à ces lointains événements : l'évèque d'Orléans entreprit d'attirer l'at-
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tention de la France sur ce beau spectacle et ces grands intérêts; il acheva donc une Lettre pastorale qu'il méditait déjà depuis quelque temps, pour appeler la bénédiction de Dieu sur le succès de nos expéditions et de nos négociations dans V extrême Orient, et pour recommander VOEuvre de la propagation de la foi1. Elevée, ardente, éloquente, cette lettre pastorale parut si utile que le conseil général de la Propagation de la Foi la fit tirer à cent mille exemplaires. Trop inaperçue cependant au moment où elle parut, à cause des préoccupations générales, elle mérite d'être mise ici en lumière.
La guerre d'Italie venait de prendre fin subitement : « La France, s'écriait l'évêque d'Orléans, toute joyeuse de la bienvenue de la paix, et malgré les graves solli ïtudes qui lui restent encore, parle de travaux, de nouvelles entreprises, de grandes affaires ; pour beaucoup, c'est le moment de chercher la fortune : n'est-ce pas l'heure aussi pour un évêque de recommander aux chrétiens leur principale affaire, l'œuvre du salut et la propagation de la vérité dans le monde, quand surtout les progrès de l'humanité et tous les grands intérêts terrestres s'y trouvent providentiellement associés? »
La beauté de cet apostolat, ce que l'Eglise, ce que la France ont fait depuis trois siècles dans l'Orient et le monde entier; le devoir plus grand de travaillera cette œuvre, aujourd'hui que les facilités pour l'accomplir sont plus grandes que jamais ; les mystérieuses vues de la Providence dans cette coïncidence des moyens humains avec les desseins de Dieu, toutes ces considérations étaient développées dans un style étincelant :
« Qui ne le voit d'ailleurs? de toutes parts les distances se rapprochent, Dieu abrège les chemins et agrandit les pas de l'homme. Tous les peuples civilisés, tous les fils aînés des nations sentent le besoin de se voir de plus près, de se rencontrer, de s'entretenir des grands intérêts de l'humanité. La vapeur et les chemins de fer ouvrent les voies les plus rapides à travers le monde entier; on perce
t. Œuvres pastorales, t. II, p. 176, 1" série.