‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 54 sur 231 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le mont Cenis, on traverse les Pyrénées ; la volonté obstinée d'un Français force les portes de Suez; un autre Français propose l'ouverture de Panama,.. À qui persuadera-t-on jamais que toutes ces barrières se renversent, que ces grands rapprochements se préparent entre les hommes, afin seulement qu'ils puissent mieux se haïr, se déchirer, se tuer les uns les autres? A qui persuadera-t-on que tout cela se fait uniquement pour porter plus vite nos marchands et nos touristes sur tous les points du globe? Non, cela ne suffit pas à la prospérité, à la dignité de l'Europe. Si les hommes vont aujourd'hui avec des pieds de fer et des ailes de feu à leurs plaisirs et à leurs affaires, si la parole et la pensée humaines traversent le monde avec plus de rapidité que la lumière, je ne puis croire que les pensées et les desseins de la Providence soient ici pour rien, et qu'il ne se prépare pas là de grandes choses pour les temps nouveaux...

» Tout cela, ce n'est qu'une carrière nouvelle ouverte au dévouement; c'est un chemin livré à l'apostolat : selon la magnifique expression de saint Paul, ce sont les portes de l'Orient ouvertes à la lumière évangélique : Ostium apertum est magnum et évident propter evangelium Christi...

» ODieuîô Dieu! accomplissez vos prophéties î Vous disiez: « Les idoles seront brisées, viola penitus conterentur, et la connaissance de la vérité sera abondante sur la terre comme les eaux de la mer. » Et il y a encore tant de millions d'idolâtres !

» Ah! sans doute, les fils de Japhet ont été éclairés; mais les fils de Sem et ceux de Cham, où sont-ils? Hélas! hélas ! l'œuvre n'est pas faite à moitié !

» Je le sais, ce n'est pas l'œuvre d'un jour : il y faut le cours des siècles, c'est l'œuvre de la plénitude des temps : In plenitudine temporum...

> C'est aussi l'œuvre du zèle : c'est le grand but de l'apostolat évangélique...

» Inspirez-la donc, cette œuvre, ô mon Dieu î inspirezla aux grandes aines qui sont capables de la comprendre. Si ces âmes nous manquent, faites-en, donnez- les. Don-

nez d'abord aux nations européennes des Chrysostome et des Ambi'oise, dont les lèvres gardent parmi nous le dépôt sacré de la vérité, et dont le noble caractère soutienne, sans fléchir jamais en face des princes hautains et des peuples superbes, la majesté de l'Evangile! Mais donnez aussi aux peuples qui soupirent après eux des François Xavier; donnez des apôtres, dont les pieds tressaillent d'impatience sur cette terre d'Europe, et dont le cœur s'élance pour faire l'œuvre apostolique dans ces mondes nouveaux qui les attendent.

» Oh ! que l'Orient sera beau à voir quand les divines clartés qu'il a perdues retourneront vers lui ! Et que l'Occident paraîtra radieux lorsque le soleil de la foi, s'y couchant dans sa gloire, renverra les suprêmes et plus brillantes splendeurs des derniers jours du monde vers les cimes du Sinaï, du Calvaire, de PArarat, vers tous les sommets sacrés de l'univers, éclairant de la toutes les plages, tous les déserts, toutes les rives de l'Afrique, de l'Asie et des îles inconnues.

» Et quel honneur pour le drapeau français, quelle joie pour nos soldats et nos illustres chefs, dont le sang généreusement répandu aura si bien servi les desseins de la Providence dans la dispensation des secrets de l'avenir, et préparé cette grande œuvre dont nous saluons de loin la gloire. »

Deux ans après, dans son mandement de carême de 1861, il revenait sur ce grand sujet, mais pour en tirer d'autres leçons. On avait combattu, on avait traité; mais la mauvaise foi, comme il était facile de le prévoir, avait tout rendu vain. 11 avait fallu recommencer. Des forces plus imposantes servirent d'escorte à nos plénipotentiaires, et quelques milliers de soldats, habilement dirigés, à travers trois cents millions d'hommes, à quatre mille lieues de l'Europe, ouvrirent à nos drapeaux, jusqu'à la capitale même de l'empire chinois, un libre passage. Le 25 octobre 1860, le traité de Tien-tsin lut confirmé, complété et signé à Pékin. Cette éclatante démonstration de la supériorité des races chrétiennes sur les peuples asiatiques offrait un haut enseignement aux nations de l'Europe, à

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