CHAPITRE VI
Mais tout se tient et se soutient clans le ministère, et îa restauration matérielle des paroisses importe à leur restauration spirituelle elle-même. L'évèque d'Orléans n'y consacra pas moins d'efforts et de sollicitudes.
<.( Dieu, s'écriait-il un jour prêchant dans un des plus somptueux monuments religieux de la capitale, Dieu nous a rendu nos temples, mais dans quel état! Elle dure encore cette pauvreté déplorable qui est la ruine de la foi et des âmes, et elle durera longtemps, si l'on ne se décide à faire enfin tous les sacrifices que demandent la conscience publique, l'honneur de la religion et le salut de la société. »
Voyons d'abord les travaux faits par lui dans sa cathédrale.
Sainte-Croix d'Orléans a été, et est encore, une des belles cathédrales de France : ce qui reste du monument du treizième siècle, les onze chapelles de l'abside, et cette abside elle-même, disent encore quelle en était la splendeur première. Le fanatisme protestant, au seizième siècle, Ht crouler les voûtes du chœur et des cinq nefs : Orléans releva ces ruines; un grand jubilé, accordé par le Pape, amena, avec des pèlerins sans nombre, des ressources considérables; Henri IV lui-même, ce fut une des conditions de son absolution, vint visiter la cathédrale, qui commençait à sortir de ses débris. Toute la partie nouvelle de l'édifice actuel est d'un gothique moins pur que celui du treizième siècle; mais, quelques critiques de détail qu'on puisse lui adresser, qu'elle est belle dans ses grandes lignes, avec ses deux tours couronnées, la basilique orléanaise! Mettez-vous à quelque distance, et regardez. Puis, entrez dans le vaste temple : quelles proportions superbes ! quelle étendue! quelle élévation! quelle majesté! A l'émotion involontaire qui vous saisit, reconnaissez une grande œuvre de l'art chrétien.
Telle fut l'impression de M?r Dupanloup la première fois qu'il la visita : de l'extrémité de la grande nef l'embrassant du regard tout entière : « Belle cathédrale ! » s'écria-t-il ; mais il ajouta : « Un peu froide pourtant. » Du porche aux deux bras de la croix surtout, ce froid se faisait sentir. Ces murailles nues, que rien n'animait, ces
grandes verrières blanches, qu'aucun personnage, qu'aucune figure de saint ne faisait vivre, justifiaient cette parole, puis, la parcourant, les belles chapelles de l'abside, dont nous parlions tout a l'heure, le ravirent par la beauté de leur architecture, mais l'affligèrent par l'indigence de leur décoration. Il entra dans la sacristie : c'était plus douloureux encore. Quant à l'extérieur, un désastre était à craindre : la chute de la flèche était imminente.
Il avait donc pour ainsi dire tout à faire; il lit tout, tout le possible du moins, et ce qui était autrefois un sujet de tristesse charme aujourd'hui le regard.
La sacristie changea entièrement d'aspect : une décoration du meilleur goût la transforma, et en lit enfin, pour tout dire d'un mot, quelque chose de digne d'une aussi magnifique cathédrale.
L'une après l'autre les onze chapelles de l'abside furent réparées et renouvelées : entièrement peintes, les colonnes, les murailles, la voûte, l'autel: ornées de vitraux, en grisailles ou avec des sujets : l'ensemble est de l'effet le plus radieux.
Deux autres chapelles, celles qui précèdent immédiatement le transept. Tune, la chapelle de Saint-Joseph, ou de la bonne mort, l'autre, la chapelle des fonts, furent également peintes et enrichies de vitraux. Cette dernière fut de plus ornée d'une fontaine sacrée, telle qu'aucune cathédrale n'en possède de pareille, et qui est l'œuvre remarquable d'un artiste belge renommé, M. Goyers, le même qui fit les deux chapelles du Sacré-Cœur et de la sainte Vierge, dans le transept.
L'idée de ces deux chapelles monumentales vint à l'évêque d'Orléans dans un voyage qu'il fit en Belgique; ce sont d'immenses chapelles, en bois sculpté, dans le style gothique, avec un corps d'autel, un retable, des stalles et une balustrade. Peut-être ne s'harmonisentelles pas parfaitement avec l'architecture de l'édifice: mais en elles-mêmes ce sont des chefs-d'œuvre.
Une pensée d'art et une pensée de piété lui inspirèrent l'admirable chemin de croix, sculpté dans la pierre vive des murailles, qui vint animer si heureusement cette