‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 59 sur 231 · II · texte numérisé non relu

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lement que pas un de mes diocésains ne me refuse le sol que je demande chaque année, pendant cinq ans. Je compte, cela va sans dire, parmi mes diocésains ceux qui me sont les plus chers de tous, c'est-à-dire tous les petits enfants, même les plus jeunes.

» Il faut que dans chaque village, chacun de nos bons curés ouvre cette petite souscription. Il va sans dire qu'on pourra, comme dans les temps anciens, souscrire pour un sol d'or ou d'argent, s

Une nouvelle flèche remplaça donc l'ancienne et ne la fit pas regretter. Ce fut un travail considérable. Confié à un architecte de talent, M. Boeswilwad, ce travail réussit complètement : et même, instruit par l'expérience, l'architecte, qui avait été inspecteur des travaux de la Sainte- Chapelle, évita un défaut que la critique avait signalé dans la flèche, d'ailleurs si gracieuse, de la chapelle de saint Louis : l'élan de cette flèche est arrêté vers le milieu par un ornement malheureux; la flèche de Sainte- Croix, au contraire, comme celle de >'otre-Dame, monte d'un jet continu, avec une élégance extrême, vers le ciel.

Mais dans ce monde de pierre qui constitue une cathédrale, dans cette forêt de clochetons qui caractérisent Sainte-Croix, que de ruines, ou déjà consommées, ou imminentes ! Que de fois, devant ces tours si gracieusement ornementées, mais dont les pierres trop tendres se fendent et tombent par morceaux, nous l'avons entendu, moins heureux de ce qu'il avait fait, qu'attristé de ce qu'il était impuissant à faire, gémir sur l'indifférence ou l'incurie qui passent outre, ou s'irriter contre certains projets de démolitions barbares : singulière façon, en effet, de réparer un édifice que de le mutiler ! Un jour de grande solennité, c'était le 15 août 1861, un bloc de pierre énorme se détacha de la façade et tomba à l'endroit même où, quelques instants auparavant, les autorités civiles et militaires avaient passé ! Sur-le-champ il écrivit au ministre une lettre pressante, et des travaux considérables à l'extérieur de la cathédrale furent immédiatement commencés.

Que de fois il écrivit de la sorte afin d'appeler l'atten-

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tion de qui de droit sur le lamentable état d'un monument trop négligé, qu'on nous pardonne ce regret et ce reproche, et qui a pourtant tous les droits à la sollicitude de ceux qui ont la charge de veiller aux richesses artistiques et monumentales de la France. Car ce qu'il y aurait à faire ici dépasse de beaucoup tout ce que l'évèque le plus intrépide peut tenter. Quant à ce qu'a fait en somme pour sa cathédrale l'évèque d'Orléans, si l'on pouvait additionner tout l'argent qu'il y a mis, le chiffre auquel on arriverait serait prodigieux. Et ce n'était qu'âne de ses œuvres !

Après Sainte-Croix, l'église la plus belle d'Orléans, nonobstant le lourd ornement parasite qui la dépare à l'extérieur, c'est Saint-Euverte : c'était à l'origine une modeste chapelle (cella exigua) élevée dans les dernières années du quatrième siècle sur le tombeau de saint Euverle, évêque d'Orléans, prédécesseur du grand évèque saint Aignan. Au douzième siècle une grande église remplaça la petite chapelle. Elle couvrait le sarcophage de l'évèque gallo-romain ; et depuis le douzième siècle jusqu'au dixhuitième, les évèques d'Orléans y furent inhumes. Plusieurs fois ravagée et restaurée, elle était, depuis 1793, dans le plus lamentable état ; on en avait fait le dépôt de toutes sortes d'objets. En 1851, un décret du gouvernement autorisa la vente de cet édifice national: elle pouvait alors disparaître. L'évèque d'Orléans eut l'idée un jour de la visiter, et, Trappe de sa partie architecturale, il se dit qu'une telle église ne périrait pas, lui évèque d'Orléans. Les Pères de la Miséricorde l'achetèrent; puis tout à coup il ordonne de déblayer la nef et d'y transporter des chaises, et Orléans apprend avec surprise qu'un sermon va être prêché par l'évèque lui-même dans cette église dévastée et abandonnée. On y accourut en foule : c'était le 2-2 février 1857. L'évèque fut admirable d'éloquence et la quête fut merveilleuse. Puis immédiatement une commission fut constituée à l'effet de recueillir des souscriptions pour la restauration de ce beau monument, et l'œuvre marcha avec une telle rapidité, que l'année suivante l'évèque put de nouveau réunir ses diocésains char-

mes dans l'édifice consolidé, transfiguré par leur générosité et par son zèle,

Au-dessus de Sainte-Croix elle-même nous mettons sans hésiter la vieille église romane de Saint-Benoît, commencée vers l'an 1067 et définitivement terminée en 1218 : « dernier reste de la prospérité et des splendeurs de l'abbaye dont elle maintient, au sein des générations nouvelles, les glorieux souvenirs * .» ; Saint-Benoit, qui possède, apportées là du mont Cassin au temps des invasions, les reliques insignes du patriarche des moines d'Occident. Mais en quel élat, la première fois qu'il la visita, trouva-t-il cette église ! La restaurer et en confier la garde aux enfants mêmes de Saint-Benoit fut une pensée qui surgit tout d'abord dans son cœur et à laquelle M. de Montalembert, qui visita, avec lui et l'abbé Gratry, cette basilique, l'encourageait fortement. Le 26 mai 187)1), il y conduisait Dom Gueranger : malheureusement les négociation entamées avec l'abbé de Solesmes ne purent aboutir. Plus tard, cependant, il aura la joie d'y installer d'autres enfants de Saint-Benoit. Il put obtenir que le gouvernement prît enfin souci de ce magnifique monument historique, dont la restauration, bien lentement menée à son gré, et malgré ses incessantes insistances, s'est cependant poursuivie sans interruption. Puisse-t-elle enfin et bientôt s'achever î

Non loin de Saint-Benoit est une autre merveille d'un art dont il existe bien peu de monuments dans notre pays, la petite église byzantine de Germigny, bâtie par Théodulphe en 806 : une inscription authentique qui s'y lit encore en donne la date certaine. Evidemment c'est de Germigny que procède Saint-Benoît : Saint-Benoît, c'est Germigny épanoui. Encore une église sauvée par l'évêque d'Orléans.

De date plus récente, Notre-Dame de Cléry. renommé pèlerinage, était une autre gloire du diocèse d'Orléans : gloire déchue aussi; et l'église et le pèlerinage avaient

1. Histoire deiabbai/e de Saint-Benoît-sur-Loire, par l'abbé Rocher, p. 314.

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perdu leur ancien éclat : il eut la consolation de le leur rendre : là aussi il s'est fait une restauration admirable.

Il faudrait pouvoir dire maintenant les constructions et réparations d'églises que, sous sa puissante impulsion, leclergé Orléanais lit pendant son épiscopal. A Orléans seulement nous pouvons citer les belles réparations de Notre- Dame de Recouvrance, de Saint-Paul, de Saint-Pierre-le- Puellier, de Saint-Aignan, pour ne parler que des plus considérables : et cette belle église de Saint-Paterne que l'on édifie en ce moment sur un si magnifique plan, et dont il bénit la première pierre. Qui parcourrait aujourd'hui le diocèse d'Orléans rencontrerait de tous côtés ou des églises neuves, du meilleur goût, quoique très économiquement bâties, ou des églises réparées avec intelligence et piété : à Montargis,il verrait une merveille ! Ce sont les fruits du zèle infatigablement souftlé à ce clergé par cet évêque.

Après la maison de Dieu il se préoccupait aussi de la maison du curé, du presbytère. « Vous pouvez, écrivait-il à ses prêtres, vous résigner à être mal logés; je ne puis, moi, y consentir. » La santé des prêtres, en effet, y est trop intéressée. Sa vigilance sur ce point était extrême, et, au besoin, avec les conseils municipaux malintentionnés ou déraisonnables, qui se refusaient aux nécessités les plus évidentes, il usait des grands moyens : il retirait le prêtre tant qu'on ne lui avait pas fourni un logement au moins salubre.

Construction et réparation des églises, construction et réparation des presbytères, tout cela se poursuivit avec une activité extrême pendant tout son épiscopat. Un document précieux, que nous avons entre les mains, donnera une idée exacte de ce qui se lit pendant ces trente années dans ce diocèse. Ce sont deux listes, dressées par M. l'abbé Rabotin, l'une des églises, l'autre des presbytères, construits ou réparés, de 1850 à 1860, en dix années seulement, avec indication des sommes versées par les communes, parles fabriques, par souscriptions volontaires et par l'Etat. Nous ne donnerons ici que le total. Il est de 1 500 001 fr. 67. Et nous pouvons dire que ce

travail, dans la suite, loin de se ralentir, marcha plutôt avec une vitesse accélérée. On peut donc, sans exagération, ou plutôt en restant certainement au-dessous du chitïre véritable pour toute la durée de sonépiscopat, tripler ce chiffre, ce qui donnera un total de 4 500 000 francs ; mais 5 000000 serait encore un chiffre insuffisant. Cinq millions, c'est bientôt dit; mais qu'on veuille bien se représenter par la pensée tout ce qu'il a fallu, dans les temps ou nous sommes, et à travers tant d'autres œuvres, à ces bons prêtres Orléanais, de zèle, de démarches, d'efforts de toute nature, pour recueillir une pareille somme, et l'on demeurera pénétré d'admiration pour ce travail obscur, silencieux, infatigable ; pour le clergé qui a su l'accomplir, pour l'évèque qui a su l'inspirer.

Pour tous ces travaux, sans doute il demandait avant tout le zèle; mais ce zèle, il voulait qu'il fût réglé, et selon la science ; car les fautes commises en ces matières sont toujours très fâcheuses et parfois irréparables; et ce n'est pas tout : il y a la question d'art, dont il faut nécessairement tenir compte ; mais il y a aussi les besoins du culte, chose que le sens pastoral seul révèle, et qui sont parfois complètement étrangères à des architectes, même chrétiens : sur ce dernier point, sur les exigences du service divin et le bien des âmes, sur l'aménagement, si nous pouvons ainsi dire, sur la disposition des églises et des chapelles à ce point de vue, qui est le point de vue fondamental, les lettres pastorales de l'évèque d'Orléans contiennent des observations d'une grande justesse ; mais pour la question d:art sa volonté était que MM. les curés ne lissent rien d'important sans l'avis d'hommes spéciaux; il avait donc institué un Comité consultatif, auquel tous les plans et devis, transmis d'abord a l'évèque, devaient être communiques. C'était, du reste, en tout sa méthode de réclamer le concours des hommes spéciaux, et de mettre à contribution toutes les capacités et toutes les bonnes volontés.

Mais relever les pierres des temples, est-ce tout? Dans une foule de nos pauvres églises de campagne, quelle indigence pour les objets les plus indispensables au culte !

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