CHAPITRE VI. IJô
Il l'avait tout d'abord soupçonnée : quand il l'eut constatée par lui-même dans ses visites pastorales, et notée paroisse par paroisse, comme nous l'avons vu, son zèle à y porter remède fut égal a la douleur qu'il avait ressentie en la voyant. Rfef Fayet, en 1845, avait institué à Orléans une œuvre qui existait aussi à Paris, œuvre que la légèreté d'un homme de théâtre a pu railler, mais qui n'en est pas moins admirable, l'œuvre des tabernacles ou des églises pauvres : il s'empressa de la développer et de lui faire porter tous ses fruits.
Un jour, l'église de Saint-Pierre du Martroi était insuffisante à contenir la foule qui s'y assemblait; Pévèque avait annoncé un sermon en faveur de cette œuvre : avec les riches offrandes de la piété orléanaise, nombre de bijoux furent trouvés dans les bourses des daines quêteuses. On y trouva aussi une croix pastorale et un anneau : c'était l'offrande de l'évèque. On en estima le prix, qui sur-le-champ fut ajouté à la quête, et la croix et l'anneau lui furent rapportés. Profondement touché de cette délicatesse, il les accepta, mais voulut absolument restituer aux dames quêteuses la somme à laquelle ils avaient été estimés.
Puis une circulaire fut adressée par lui au clergé, une autre aux fidèles. Il eut la pensée d'adjoindre à cette œuvre une loterie : immédiatement cinq cents dames furent engagées dans cette loterie et reçurent de lui des billets, avec mission de les placer, son ambition étant d'en placer ainsi chaque année 2000001. Avec les ressources que fournissait cette loterie, et avec les offrandes en nature, on achetait des vases sacrés et l'on confectionnait des ornements. Un ouvroir fut institué à cette fin : les dames, ou emportaient chez elles leur part de travail, ou se réunissaient chaque semaine chez l'une d'elles, Mrae la première présidente de Yauzelles, pour travailler en commun : chaque année, à l'évèché, les objets qui constituaient la loterie, et les ouvrages merveilleux de
1. Lettre à M"' la princesse Borghèse. Mais cent mille seulement, à '25 centimes, donneraient par an la somme Je 25000 francs.
ces dames, chapes, chasubles, bannières, aubes, linge d'autel de toute sorte, étaient exposés; MM. les archidiacres en 'faisaient ensuite, chacun dans son archidiaconé, la répartition. Qu'on juge de ce que, vivifiée, fécondée par lui, cette œuvre a dû donner aux pauvres paroisses de son diocèse, pendant les trente années de son épiscopat . ! Mais que de soins il prit pour cette- œuvre ! Souvent, tout à coup, à Fouvroir, il apparaissait, charmant et encourageant les travailleuses par ces paroles à la fois simples et grandes dont il avait le secret; et tous les ans, lui-même, il publiait une circulaire pour ne pas laisser le zèle s affaiblir à l'endroit d'une œuvre si touchante et si nécessaire.
Par ce rapide aperçu on peut voir que, s'il a tant fait pour les âmes directement, pour ce qu'il appelait la restauration spirituelle de son diocèse, il n'a pas moins fait pour sa restauration matérielle : s'applîquant constamment a lui-même ce qu'il reflétait à son clergé, qu'il ne faut pas épargner sa peine là où Jésus-Christ a <loiiin'son sang.