CHAPITRE PREMIER
nérables, ces hommes de Dieu qui, de M. Emery à M. Carrière, ont élevé en ce siècle le clergé français : de ces modestes tombes où ils dorment, à l'ombre de leur petite chapelle de Lorette, et d'où ils se lèveront tous, on le peut espérer, pour la résurrection glorieuse, émane comme un parfum d'humilité, de piété, de sainteté. Nous avons sous les yeux la longue retraite commencée par lui alors, et qu'il faisait, selon sa coutume, la plume à la main. « Ecrire ainsi, dit-il, est pour moi une manière admirable de méditer, de voir clair dans mon àme et dans les choses de Dieu. Et puis, cela me reste, je retrouve ces lumières.» C'est un profond travail de son àme, un abandon complet à la grâce de Dieu, afin de sortir, de ce creuset, transformé, un autre homme, un évèque. Le mémorial de cette retraite ne forme pas moins de cinquante-cinq pages; et l'on voit, aux notes marginales insérées à diverses époques, et qui sont toutes datées, qu'il les a relues souvent. Nous ne pouvons pas n'en pas mettre quelques passages sous les yeux du lecteur : ce sera lire encore dans son âme à une heure suprême.
Il lit cette retraite avec l'Ecriture sainte, le Pontifical, et les vies de quelques grands évèques.
« Les discours de Notre-Seigneur à ses apôtres, les epitres à Tite, à Timothée et aux Hébreux, puis aux Thessaloniciens; la vie épiscopale des apôtres ; avec le Pontifical : voilà, dit-il, ce qu'il me faut surtout méditer pendant cette retraite; car voilà désormais ma seule étude, ma seule nourriture...
» Avant tout, il faut être un homme; en toutes choses, il faut un homme; tout périt, parce qu'il n'y a pas d'homme; parce qu'on n'a pas un homme, parce qu'on n'est pas un homme. Eh bien, l'Ecriture sainte fait V homme de Dieu! le parfait homme de Dieu : Ut sil perfectus homo Dei.
» Le prêtre, l'évèque surtout, qui est éminemment V homme de Dieu, ne doit chercher, puiser, trouver que là sa vie, sa perfection; c'est là seulement qu'il peut devenir perfectus homo Dei, ad omne opus bonam instructus.
! i VIE DE MONSEIGNEUR DDPAtfLOÏÏP.
i In st ru et us : c'est un arsenal... on sort de là armé de pied en cap: c'est l'armure même de Dieu : Armatwra Dei. »
Et il prend pour résolution, quand il sera évêque, de relire l'Écriture sainte tout entière, « depuis I7« principio jus m'a Y Amen ».
L'Ecriture sainte, c'est la parole même de Dieu; le Pontifical, c'est la parole de l'Eglise assistée de Dieu. Le Pontifical le ravit: les dignités et les devoirs de lépiscopat y sont exposés dans une langue qui lui arrache des cris d'admiration : g Il n'y a que l'Eglise, s'écrie-t-il, pour parier ce langage. » 11 se plonge et se replonge dans cette lumière: il savoure, il presse, pour ainsi dire, chaque expression, pour en extraire la divine substance. Citons au moins quelques-unes des paroles par lesquelles il se commente à lui-même tout cela :
« Ce que je comprends des saintes Ecritures, fait dire Le Pontifical au futur évêque, je veux, et par mes paroles et par mes exemples, en instruire le peuple, pour lequel je vais être ordonné. »
Lui : « La vie d'un évêque doit être V Evangile en action, les saintes Ecritures en action :
« Un évêque, c'est l'Ecriture sainte vivante et parlante : ce doit être !
» En tout, dans ses paroles, dans ses manières, dans ses conseils, dans sa conduite, il faut qu'on ne voie rien en lui qu'on ne puisse exprimer. traduire} par une parole des saintes Ecritures!
» Il faudrait que la vie d'un évêque put être racontée avec un tissu des paroles de la sainte Ecriture.
» Il faudrait que ceux qui ne savent pas lire, ne peuvent, ne veulent pas lire, lussent toujours, comme dans un livre toujours ouvert, la parole de Dieu dans la vie et les exemples d'un évêque. »
Autres paroles du Pontifical : « Je veux être affecté toujours aux choses divines. »
Lui : c Je bénis Dieu de ce que par ma vocation sacerdotale, et par l'ordre providentiel de ma vie, depuis longtemps je ne suis guère occupe que de choses surnaturelles