‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 7 sur 231 · CHAPITRE PRËMIRR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRËMIRR

et divines.... Mais cela doit être perfectionné par la pureté et la sublimité constante des motifs...

» Un évèque court grand risque de devenir un administrateur tout humain des choses divines...

» Plus de prédications! Plus de confessions! Ne plus voir les âmes que de loin! Est-ce bien là ce que Dieu veut"?... Pour la prédication, certainement non. »

Le vrai génie du christianisme est dans la liturgie, et la liturgie du Pontifical est peut-être de toutes la plus belle; le Prosternement pendant la récitation des litanies des Saints, et la Consécration, voilà les deux grands rites qui le frappent le plus :

« L'évêque consacré est prosterné la face contre terre, le visage tourné vers l'autel, anéanti devant Dieu, absolument séparé du monde et de toute chose créée; consacré en un mot, tandis que toutes les prières des saints, au ciel et sur la terre, l'environnent, le couvrent, le protègent...

» Puis, le consécrateur, debout, et les deuxévèques assistants, debout aussi, imposent tous trois leurs mains, les deux mains à la fois, sur la tète du consacre, qui est à genoux devant eux; ils prononcent tous ensemble ces simples paroles : Reçois le Saint-Esprit!... Sans restriction; non pas seulement ad robur, comme le diacre; ad remtssionem peccatorum, comme le prêtre: mais pleinement, simplement, absolument, magnifiquement...

» C'est le grand moment, c'est la Consécration! Tout ce qui précède y prépare, tout ce qui suit n'en est que la conséquence et les détails.

» A ce moment, le ciel s'ébranle, et comme au Cénacle, l'Esprit-Saint descend...

» C'est à l'Esprit-Saint que je dois demander de me transformer... de faire de moi uu autre homme... comme autrefois il fit des apôtres...

y> C'est ici le grand point de ma retraite.

» Il faut que ce divin Esprit, dans sa plénitude, se substitue au mien en toutes choses;

» Il faut que le feu de la charité dévore tout, et que le surnaturel absorbe le naturel. »

(( Dans la Préface qui précède toutes les cérémonies mystérieuses de la consécration, je remarque, dit-il, ce mot :

» Deus, honor omnium dignitatumt Toute dignité où Dieu n'est pas, dont Dieu n'est pas l'honneur, est fausse et mensongère.

» Hélas! je redoute la dignité, parce que je redoute de me rendre digne î

» Il faut se rendre digne ! Il faut s'élever ! Il faut s'ennoblir! 11 faut se purifier! Il faut se diviniser!

» Cette dignité épiscopale est divine.

.» Et en toutes choses!... 11 faut être grave, irrépréhensible, modeste, ferme, doux et fort, grand et noble... en toutes choses...

» Il faut une grave simplicité dans mon extérieur, quelque chose de digne. Mais cette dignité extérieure n'est que l'ombre et l'image de la dignité intérieure :

» Pontificalem gloriam non jam nobis honor commendat vestium, sed splendor animarum.

» Voilà ce qui doit être; autrement ce pontife reste un homme misérable... une espèce de mensonge et d'hypocrisie qui trompe tous les yeux. »

El plus il médite « celte incomparable Préface », plus il monte avec elle dans toutes les sublimités de l'épiscopat.

De ces grandes méditations il redescend dans son àme, et fait un retour sur lui-même; ce rapprochement le prosterne dans l'humilité et la reconnaissance :

« Ma vie, depuis Annecy et Saint-Félix jusqu'à ce jour, c'est l'histoire d'une bonté infinie, visiblement écrite par la divine Providence. Chaque page est claire. Mais on ne lit bien et on ne comprend bien qu'à la fin de chaque chapitre ou de chaque volume.

» A la mort de ma mère, quand je repassais les intentions de Dieu sur ce pauvre petit enfant de Saint-Félix1, l'incomparable tissu des grâces, des bénédictions les plus inattendues, j'étais comme anéanti d'attendrissement et de reconnaissance...

» J'ignorais la suite prochaine et immédiate de ces

Page 1