‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 64 sur 231 · Chapitre vu · texte numérisé non relu

Chapitre vu

céda. C'était une précieuse recrue de t'ëvêque d'Orléans. Wurtembergeois et protestant d'origine, ayant reçu dans son pays cette large culture d'esprit que donnent les universités allemandes, intelligence élevée, cœur droit et généreux, àme enthousiaste, il cherchait avec passion, dans toutes les voies, la vérité, et, de déductions en déductions, surtout en scrutant cette grande idée d'unité qui lui semblait tout dominer dans la science comme dans la foi, il en était arrivé au plein jour du catholicisme : et, attiré à ce moment décisif de sa vie, par cette lumière qui brillait à Orléans, il était venu se mettre entre les mains de cet expérimenté directeur d'âmes qui s'appelait Msr Dupanloup : Févèque l'avait déterminé à entrer dans son Grand Séminaire, puis l'avait attaché au Séminaire de La Chapelle, auquel il a donné, pendant plus de vingt ans, les très d'un dévouement infatigable. Peut-être avait-il besoin, comme Supérieur, d'un aller ego doué de plus de nerf et de vigueur que lui-même ; mais, pour parler au cœur des enfants et répandre la flamme, il était admirable.

Une très belle biographie de lui vient d'être publiée1 : les détails sur l'intimité que l'affection de l'évêque et la rare docilité du pieux prêtre avaient établie entre ces deux hommes attachés à la même œuvre, mais de natures si différentes, y abondent et nous permettent d'ajouter quelques traits au tableau que nous n'avions d'abord qu'esquissé.

Soit par des entretiens presque quotidiens, soit par de petits billets ou de longues lettres selon les occurrences, soit dans des retraites qu'il lui faisait faire sous sa direction, soit dans une plus grande intimité pendant les vacances, quand il pouvait l'emmener avec lui, l'évèque d'Orléans cherchait à façonner, à pétrir pour ainsi dire ce prêtre d'élite, pour tirer de ses éminentes qualités tout ce qu'elles pouvaient donner, et réaliser de concert avec lui, telle qu'il la concevait, la grande œuvre de l'éducation de la jeunesse. Quoi de plus charmant et de mieux saisi sur le vif, que ce

1. Par l'auteur des Derniers jours de M9r Dïtpanloup. Paris, chez Poussielguc.

tableau tracé par le biographe de l'abbé Hetsch : « Un jour (c'était pendant une des apparitions de Me* Dupanloup a La Combe, chez M. Albert Du Boys), on avait campé a l'entrée d'une forêt, ou l'évéque avait disparu avec l'abbé Hetsch. Un temps assez long s'était écoulé, lorsque le soleil couchant, à l'heure où ses rayons obliques rasent presque la terre, pénétra dans ces obscures profondeurs, qui furent tout à coup illuminées. On aperçut alors le maître et le disciple. M?rDupanloup était debout, appuyé contre un sapin, la tète nue, le regard elincelant. la main levée dans un geste noble et ferme qui lui était familier. Il parlait : l'abbé Hetsch, assis à ses pieds, semblait suspendu a ses lèvres. On eût dit que son âme s'élançait vers celle det'évé |ue, et que ce jour-là cet Elisée sentait tomber sur lui un rayon de l'esprit d'Elie. .» i Nous devons, lui écrivait un jour l'évéque, faire de La Chapelle une maison modèle, dépositaire des anciennes traditions de la vraie et bonne éducation. » Leurvues théoriques sur l'œuvre s'accordaient assez : ce à quoi surtout il fallait former l'excellent Supérieur, nature plus méditative qu'agissante, c'était l'action; il le sentait luimême : « Le souffle initiateur me manque, écrivait-il un jour a l'évéque; je ne connais en ce monde qu'un seul homme qui puisse me le donner... Adieu, bien-aimé seigneur et père, à Dieu, dans toute la force du mot. Après lui, c'est vous que j'aime, que je vénère, et sur qui je m'appuie le plus. » Il fallait en elîèt, pour profiter de ce précieux secours, une âme pénétrante a cette lumière et à cette flamme : cette noble et affectueuse docilité, fimmble Supérieur lavait, sans abdiquer, car ni l'affection, ni la vraie obéissance ne l'exigent, sa personnalité et son action propre. L'évéque lui écrivait des choses comme cellesci : « 11 ne suffit pas qu'un Supérieur soit père par le cœur, il faut qu'il soit homme pour former des hommes. Et, dans l'homme, il n'y a pas seulement le cœur, mais la raison, le discernement, le bon sens, et enfin l'action directrice et même créatrice. » « L'important, lui disait-il une autre fois, se peignant lui-même sans y penser, c'est de mettre les hommes en mouvement et d'en tirer parti. Il faut répandre la vie, stimuler l'action autour de soi, faire le

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