CHAPITRE VII
mieux possible ce qu'il y a à faire, et entraîner, forcer par là les autres à le faire de leur côté. »
Mais l'evèque ne s'en tenait pas à ces conseils généraux. quoique très pratiques ; c'était surtout dans le détail des choses et les difficultés quotidiennes qu'il lui venait en aide ; et si le temps lui avait manqué pour conclure, le Supérieur faisait quelques pas avec lui sur les bords delà Loire, un carnet à la main, et : « Ecrivez, » lui disait l'evèque ;et par i°,2?,3°, etc., il lui dictait, avec la dernière précision, ce qu'il avait à faire dans telle ou telle délicate occurrence, ce qu'il avait à dire à tel professeur, à tel enfant, à telle famille.
« Rien ne leur coûtait a tous deux, ni temps, ni etYorts, ni démarches, pour sauver un enfant en péril : et ils s'ingéniaient pour environner le coupable de salutaires influences et pour les faire agir sur lui : mais en même temps ils livraient eux-mêmes des assauts répétés à son cour. Alors, penches ensemble sur la même feuille de papier, ils écrivaient, et tour à tour corrigeaient, effaçaient et ajoutaient, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé l'image saisissante, le trait incisif, qui pouvait le plus sùrementébranler ou toucher le rebelle. » Le pieux historien à qui nous empruntons ces détails a bien raison d'ajouter : « En voyant MsrDupanfoup refaire ainsi jusqu'à trois ou quatre fuis une lettre destinée à un enfant, aurait-on pu reconnaître le grand improvisateur qui surprenait toujours les ennemis de l'Eglise par la rapidité de ses coups? » .Mais, ajouteronsnous, ce qu'il est impossible de ne pas voir là, et au plus haut degré, c'est ce que peut le zèle dans le cœur de prêtres véritables.
Naturellement, pendant les mois d'été qu'il passait à La Chapelle, ses rapports avec le Petit Séminaire étaient encore plus suivis. Son plaisir était d'avoir à sa table l'un après l'autre tous ces messieurs.
Que dirons-nous de ses soins pour former les jeunes maîtres? A eux non plus, car leur coopération n'importait pas moins, il n'épargnait pas les conseils ; souvent même, après les leur avoir donnés de vive voix, il les leur envoyait par écrit, afin d'y mettre plus de préci-
sion encore : mais que d'habileté, que de ménagements,
que de délicatesse il savait porter dans ces avertissements! mêlant toujours l'encouragement au regret ou même au blâme: et ne Taisant, s'il le fallait, une blessure, qu'en y appliquant aussitôt le baume d'une affection dont il était impossible de douter. Ce qui nous parait surtout remarquable ici. et caractéristique de sa manière, c'est la suite qu'il apportait à ce travail de formation, commençant par étudier a fond celui à qui il voulait rendre, dans son intérêt et celui de la maison, ce grand service ; et après qu'il avait pénétré sa nature, ses qualités et ses lacunes, choisissant les moments opportuns, point si capital pour le succès d'un conseil ! puis, revenant sur les révélations qu'il lui avait faites, appelant persévéramment son attention sur ce qu'il lui demandait, jusqu'à ce qu'il lui eût fait porter tous les fruits dont il le croyait capable. Ab utw disce omnes.
Il avait confié l'importante charge de préfet des études à un jeune professeur de rhétorique. Il le suivit de près pendant toute la première année ; puis, à la rentrée suivante, pendant la retraite qui précédait toujours pour les professeurs cette rentrée, il eut avec ce jeune prêtre, sur la façon dont il pouvait et devait remplir ses fonctions, une de ces longues, bonnes et paternelles conversations, où il allait au fond des choses et faisait la lumière totale. Le lendemain, le jeune prêtre lui ayant écrit pour lui exprimer sa reconnaissance et sa bonne volonté, il s'empressa de lui répondre :
" Mon bon et cher ami, je suis encore plus touché de votre bonne lettre que de notre conversation d'hier : j'y reconnais la droiture de votre conscience et de votre cœur.
)) Je le répète, mon ami, je crois que le bon Dieu vous destine à rendre d'importants services dans son Eglise, et je vous ai dit hier ce qui peut vous aider heaucoup à répondre aux desseins de Dieu et à votre vocation.
» Chacun a ses inconvénients et ses faiblesses : vous avez le grand bonheur de connaître les vôtres, et le courage, non seulement d'entendre la vérité, mais de l'aimer et de la pratiquer : demandez au bon Dieu de vous en