CHAPITRE Vil
faire de plus en plus la grâce; c'est la plus grande qu'il puisse vous faire. »
L'année suivante, ce jeune prêtre, qui était un homme de beaucoup de mérite, était non seulement préfet des rtudes, mais encore préfet de religion : Févèque, après l'avoir observé de près à l'œuvre, et avoir eu encore avec lui de nombreux entretiens, lui adressa une Longue lettre, qui entrait dans tous les détails des choses avec une précision et une compétence où se laissaient voir et sentir au plus haut degré le maître, l'éducateur, l'homme d'autorité qu'il était.
De teiles lettres n'étaient pas écrites sans avoir été profondément réfléchies et méditées; et comme il n'entendait pas que ce qui lui avait demandé un tel soin et avait une telle importance, pour la maison, pour le jeune prêtre lui-même, fût pris par lui en médiocre considération el promptement oublié, une nouvelle lettre, quelques jours après, venait rappeler toute sa plus sérieuse attention sur ces avertissements salutaires :
a Mon cher ami, je vous ai écrit l'autre jour une lettre très sérieuse; je l'ai écrite à votre conscience; je l'ai écrite à votre cœur. J'y rappelle votre méditation attentive et dans le détail. Vous savez mon estime et mon affection pour vous. Je vous en ai donné des preuves. Je demande au bon Dieu de vous éclairer sur tout cela. Vous pouvez beaucoup pour sa gloire et pour le service des âmes : mais permettez-moi de vous le redire, vous avez besoin de mettre la vôtre dans les conditions essentielles du ministère pastoral. »
Combien de lettres de ce genre n'a-t-il pas écrites, indépendamment de tant de conseils donnés de vive voix !
Au reste, ses attentions à ses jeunes professeurs, à leur santé, à leurs besoins, allaient à des délicatesses et des soins de détail qu'on imaginerait difficilement; le récit suivant que nous devons à l'un d'eux en pourra donner quelque idée :
« Pendant nos vacances de 1855, nous avions pris, M. Baunard et moi, sur une invitation pressante de sa part, notre grade de bachelier es lettres : la préparation
nous avait fatigués, à son avis du moins. Nous élions revenus à La Chapelie pour assister à Ja retraite des professeurs, qui précède toujours la rentrée des classes. Il nous invite l'un et l'autre à dîner, et après le repas, pendant lequel il n'a cessé de vanter les avantages d'un séjour sur les bords de la mer, il nous emmène dans son cabinet. Là, nous remettant à chacun un billet de cent francs, avec une lettre de recommandation préparée à l'avance pour un excellent curé de ses amis : « Vous allez, nous dit-il, prendre ce soir même le train express pour Paris, et cette nuit pour Dieppe; ma voiture va vous conduire a la gare. Vous passerez sur les bords de la mer, ajouta-t-il en souriant, les huit jours qui vous restent. Ce sera voire retraite. Venez, que je vous embrasse, et bon voyage ! » Nous serions trop incomplet si nous ne disions quelque chose de son action auprès des élèves, surtout de ceux en qui il devinait une vocation. Pour combien d'entre eux fut-il, à ce moment décisif ou le jeune homme, incertain, anxieux, s'interroge sur l'avenir et croit entendre la parole de Dieu, la lumière qui éclaire, l'affection qui encourage, l'autorité qui décide tout. Un exemple, ici encore, ouvrira une échappée de vue sur ce côté très fécond de son action sacerdotale. Un jour un jeune homme lui fait, timidement, une demi-confidence : le vigilant évêque ne laisse pas cette lueur s'éteindre; quelques jours après le jeune homme reçoit le billet suivant : « Mon cher ami, en me faisant vos adieux vous m'avez dit quelques paroles qui m'ont profondément touché. Donnez-moi des nouvelles de votre santé, de votre âme, de vos pensées et de votre avenir. » Ainsi provoqué, le jeune homme s'ouvre cette fois tout entier. L'évèque partait pour Einsiedeln : c'était à l'approche de la grande fête du millénaire de la vieille abbaye bénédictine. Au retour il ne l'oublie pas et lui écrit : « Mon bon et cher enfant, je ne saurais vous dire assez combien je suis touché de votre bonne lettre, et de la filiale confiance que vous m'y témoignez. Depuis ce temps, vous n'êtes pas sorti de mon cœur et je vous ai bien porté dans mon souvenir à ^olre-Dame des Ermites dont j'arrive. Où en est votre àme, votre cœur, et,