‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 8 sur 231 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grâces et de ma vie... et que ce pauvre enfant serait appelé de Dieu, le vendredi saint, à être évêque...

» J'ignorais que Notre-Seigneur Jésus-Christ, cet enfant de Noël, achèverait le jeu divin de sa miséricorde, et que lui, Pontife suprême, m 'élèverait jusqu'à lui, jusqu'à son divin pontificat... afin que je travaillasse, avec sa grâce, à devenir aussi saint que possible, car c'est là le moyen et le but...

» Je dois avoir en la bonté de Dieu pour moi une confiance inépuisable, immuable, pour toutes choses... jusqu'à la fin...

» Puis, toutes mes années ont été gouvernées, éclairées, successivement transformées par cette bonté toujours agissante...

» Une telle œuvre ne pouvait se faire que par des grâces inouïes... et par des croix! c'est évident.

» Les croix étaient ici inséparables du dessein de Dieu, d'une telle existence à purifier, à ennoblir, à élever, à diviniser... Elles n'ont pas manqué.

» Mais, Te Deum laudamusi Actions de grâces, et courage dans la croix ! »

Puis il reprend dans le Pontifical la méditation de Tépiscopat, insistant sur les admirables relations qu'il établit entre le pontife et les trois personnes divines : ce sont des ascensions croissantes dans la pureté, la lumière et l'amour; on dirait un aigle qui monte, monte toujours, et se perd enfin dans les feux du soleil.

Enfin vint le jour du sacre; il a peint d'un mot l'état de son àme pendant cette cérémonie : «J'étais, dit-il, comme un homme abandonné à Dieu... C'a été là l'état habituel de mon àme en ce grand jour, i

C'était le 9 décembre 1849, en la fête de l'Immaculée conception de Marie. Notre-Dame était le lieu indiqué pour cette consécration. Le prélat consécrateur fut l'archevêque de Paris, assisté de l'archevêque de Reims et de l'évêque de Versailles. Plusieurs évèques étrangers s'y trouvèrent, les patriarches de Jérusalem et de Constantinople, et l'évêque de l'Orégon : les deux mondes; des

ecclésiastiques en nombre considérable; et la foule peutêtre la plus brillante qu'on ait jamais vue à un sacre. Deux estrades avaient été élevées dans les deux bras du transept de la vaste basilique: les nefs, ainsi que les galeries supérieures, étaient envahies. Les personnages les plus considérables, les plus grands noms de France, étaient là : MM. de Montalembert, Mole, Berryer, Beugnot, de Npailles, de Vatimesnil, de Barthélémy, de Pastoret, etc. La prostration le toucha extrêmement : «On est heureux, dit-il, de s'anéantir. On entend le ciel et la terre prier. » Mais <( le moment où Notre-Seigneur se fit le plus sentir, ce fut la consécration et la communion. Me tecum In unum consummare voluisti. .» La profonde émotion du nouvel evéque, dont le visage était par moments inondé de larmes, se communiqua plus d'une fois pendant la cérémonie à l'immense assistance.

Le lendemain, par un touchant ressouvenir, il voulut dire sa première messe épiscopale à Saint-Sé vérin, à l'autel de Xotre-Dame de Bonne-Espérance, où il avait, dans son enfance, si souvent prié avec sa mère; il y donna à plusieurs personnes la confirmation.

Le soir, à dix heures et demie, accompagné de son fidèle ami, M. l'abbé Debeauvais,et de M. l'abbé Gaduei, ancien prêtre de Saint-Sulpice, qu'il venait de s'attacher comme vicaire général honoraire, il arrivait sans bruit à Orléans, ou il n'était attendu que le lendemain. Un vénérable prêtre, âgé de quatre-vingt-six ans, vicaire général et doyen du chapitre, M. l'abbé Dubois, était mourant : immédiatement le nouvel évèque alla le visiter et lui porter les consolations de la religion; cette visite répandit une joie inattendue sur les derniers moments de ce bon prêtre.

C'était le lendemain 11, qu'il devait faire son entrée solennelle à la cathédrale. Cette cérémonie était autrefois singulièrement imposante. Lu érudit du siècle dernier nous en a laissé une minutieuse description 1 :

1. Description de Ventrée des évèques d'Orléans el îles cérémonies qui Vaccompagnent, par M. Polluchc. Orléans, J7:Ji.

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