CHAPITRE VII
les détails de la question agitée, il avait simplement déclaré aux professeurs de ses Petits Séminaires qu'ils pouvaient, en sùrele de conscience, conserver aux auteurs anciens, dans leur enseignement, la place que les plus saints évèques, les plus savantes congrégations, leur ont constamment assignée: que, dans les auteurs profanes, tout n'est pas païen, et que c'est un étrange abus de mots que d'appeler païennes les beautés littéraires de l'ordre naturel; il avait pris soin d'ailleurs d'ajouter que, dans l'enseignement de ces auteurs, il ne fallait négliger aucune des précautions nécessaires; qu'il les fallait soigneusement choisir; n'employer, comme on le faisait, que des éditions et des textes expurgés; donner, du reste, toutes les explications convenables; enfin, les enseigner chrétiennement : il avait fait, en outre, dans le programme donne à ses professeurs, une large part a l'Ecriture sainte, aux Pères de l'Eglise et aux auteurs modernes.
C'est-à-dire qu'il avait sagement évité les deux excès entre lesquels oscillait la controverse : il n'avait été exclusif ni dans un sens, ni dans l'autre : il admettait, mais avec les tempéraments convenables, les grands auteurs de l'antiquité profane, parce qu'ils sont et demeurent d'éternels modèles de style et de goût, et qu'on aurait déshonore les collèges catholiques en les bannissant: et il faisait aux auteurs chrétiens une part équitable, plus grande même que ne l'avait faite autrefois saint Charles Borromée.
Mais, nonobstant l'évidence des textes, selon son contradicteur, « l'évêque d'Orléans regardait comme un danger pour la foi la pensée de faire une plus large part dans l'éducation aux classiques chrétiens: » — volontaire ou non, l'altération des lettres pastorales, l'évèque d'Orléans dira la calomnie, était flagrante ici : — et il instituait dans ses Séminaires « un système d'éducation dont le paganisme formait la base ». Selon d'autres journalistes, ses instructions n'étaient qu'un véhément plaidoyer en faveur de la renaissance du paganisme. Il ne savait ni ce qu'il voulait ni où il allait. Il ne distinguait pas suffisamment entre la morale païenne et la morale chré-
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tienne, entre Socrate et l'Evangile : bref, on finissait par l'assimilera un fils de Voltaire.
Il eût voulu rester sous le coup de ces accusations qu'il ne l'aurait pas pu. Il y avait plus ici que celte querelle des classiques, qui donnait depuis si longtemps de quotidiennes occasions aux ennemis de l'Eglise de déblatérer contre elle; il y avait une injure à l'autorité épiscopale elle-même : cette invasion du laïcisme dans l'Eglise était, à ses veux, cbose de grave conséquence. Ainsi du reste lui parlaient plusieurs évêques considérables, entre autres l'archevêque de Paris. Il se décida donc à un acte grave, il opposa aux attaques de {'Univers un mandement.
Il traitait dans ce mandement les deux faces de la question : les classiques, et surtout l'invasion du journalisme laïque dans l'administration épiscopale.
«r C'est sans contredit, disait-il, une des plus grandes affaires que l'Eglise de France ait eues depuis longtemps. L'Eglise, il y a deux ans k peine, a pris sur le terrain de l'enseignement une place que vingt années de luttes lui ont conquise: que des ennemis ardents et jaloux ne cessent de lui disputer; qu'elle ne saurait conserver par violence, mais seulement par sagesse, à force de zèle intelligent et de dévouement utile; que la moindre faute enfin pourrait, en des commencements si délicats, lui faire perdre : et il s'agit pour elle d'examiner, de décider la ligne à suivre et les moyens à prendre pour se maintenir dans une position si importante et si péniblement acquise, afin d'y répondre dignement à la confiance du pays, et d'y faire véritablement le bien de la jeunesse...
» Mais pour résoudre une telle affaire, la sagesse des évêques a paru insuffisante à quelques écrivains : ce sont ces écrivains qui décideront, eux qui traceront la ligne à suivre, eux qui ouvriront la marche; et tout devra marcher après eux, même les évêques... La question est donc desavoir si les rédacteurs de l'Univers, et de quelques autres journaux religieux, ses correspondants, auront le droit de venir, à la place du Pape, ou du concile de la province, contrôler nos instructions pastorales, et s'établir en face de nous, de nos vénérables collègues et du Saint-