CHAPITRE VIL
croyait pas qu'on pût le condamner « pour des opinions libres». Mais ce n'était pas seulement des opinions libres, à leurs yeux fort dangereuses, que les évèques lui reprochaient, et Msr Parisis oubliait « la grande question, la question d'autorité épiscopale ». Les évèques ne demandaient pas non plus que Y Univers disparût, mais qu'il s'amendât. M. Yeuillot en lit la solennelle promesse : « S'il m'est arrivé quelquefois, répondit-il à M=r Parisis, de franchir les limites nécessairement indécises (mais elles ne le sont pas toujours!) où la liberté d'un écrivain catholique doit se restreindre, je n'ai guère hésité à revenir sur mes pas. J'hésiterai encore moins à l'avenir, et, sous ce rapport, j'ose prier M?r l'évèque d'Orléans de croire que sa sévérité n'aura pas sur moi une influence moins souveraine que votre bonté. »
Du reste, les réformateurs eux-mêmes, oubliant leurs vastes prémisses, finirent par réduire leur thèse k trois points : 1° l'expurgation plus sévère des autours païens; 2° l'introduction plus large des auteurs chrétiens ; 3° l'enseignement chrétien des auteurs païens. Pour reculer jusqu'à ce point il eût certes mieux valu ne point tant s'avancer, et, comme le disait Msr de Nevers dans la condamnation de son propre vicaire général, l'auteur du Ver rongeur : « Si Ton se fût contenté d'émettre avec modération ce vœu inoffensif, aucun évèque n'aurait songé à réclamer. »
En somme, l'honneur des écoies du clergé fut sauvegardé, et l'autorité épiscopale vengée; mais la division latente créée au sein de i'épiscopat français apparut au grand jour. A qui la faute et la responsabilité? Qui avait soulevé ces questions irritantes? Est-ce l'évèque d'Orléans? Et, attaqué dans une question de cette nature, pouvait-il, lui, se taire l?
1. Ces discussions se renouvelèrent Tannée suivante à propos de Oonoso Cortés. L'évèque d'Orléans n'y fut mêlé qu'indirectement. Ce fut M'K Sibour qui prit en mains l'affaire. Une encyclique pontificale mit Un à la polémique. — Nous en avons suffisamment parlé ailleurs. Plût à Dieu que les recommandations du saint Père n'eussent point été oubliées!
Cette défense des Lettres classiques, il la poursuivit avec éclat, et dans un éloquent discours sur les Humanités, prononcé par lai dans ce but à la distribution des prix de son Petit Séminaire, en 1854 : et Tannée suivante, et d'autres années encore, par des solennités littéraires qui s'élevaient à la hauteur d'un événement scolaire, et appelaient tous les regards sur son Petit Séminaire, comme sur un lieu où brillait encore, dans le déclin universel dont on se plaignait, la lumière rallumée des fortes études classiques. Il eut L'heureuse pensée de faire représenter par ses élèves les chefs-d'œuvre de la scène grecque. Tout à coup on apprit que le ~2~) juin 1855 on jouerait a La Chapelle, et dans sa langue, un des chefs-d'œuvre de Sophocle, Philoctète, qui a si heureusement inspiré Fénelon. Quoi ! il était encore en France une maison où le grec, la terreur des modernes écoliers, ferait les honneurs d'une tête littéraire, et cette maison c'était un Petit Séminaire! Tout Orléans accourut, et les dames ellesmêmes n'étaient pas les moins empressées. Munies de traductions, avec le texte grec en regard, grâce au jeu excellent des jeunes acteurs, elles suivaient parfaitement le drame. L'Académie française, dans la personne de ses plus éminents représentants, MM. Villemain, Patin, Saint- Marc Girardin, d'autres encore, visita La Chapelle Sainl- Mesinin. D'autres illustres personnages acceptèrent l'hospitalité de Pévêque d'Orléans, et purent un moment, l'imagination aidant, se croire transportés à Athènes. Ce premier succès fut si grand que deux ans après (juillet 1857), un autre chef-d'œuvre de Sophocle, Œdipe à Colone, fut représenté à La Chapelle et réussit encore plus. Un Athénien, le président même de l'Aréopage, honorait, autant qu'il étonnait, l'assemblée de sa présence. Ces autres Athéniens, membres du grand Aréopage des lettres et du goût, que nous nommions tout à l'heure, s'y trouvèrent de nouveau. Parmi les personnages étrangers de distinction on remarquait M™' la duchesse de Montmorency. Les décors de la scène étaient parfaits. Le président de l'Aréopage disait qu'il reconnaissait Colone : un ami de l'évêque d'Orléans, qui avait résidé plusieurs années en