CHAPITRE YÏII
SON OEUVRE PASTORALE
Travaux de l'évêque d'Orléans pour l'éducation de la jeunesse
(Suite)
Son grand traité De l'Éducation
Episode : Sa réception à l'Académie française
Le grand art de l'éducation, où l'évêque d'Orléans fut un maître si consommé, il l'a enseigné d'une façon magistrale aussi. Son livre sur ce sujet est son œuvre capitale, celle qui lui assure un rang à part et éminent dans notre littérature. Nous devons donc nous y arrêter quelques moments.
Mais avant d'exposer les idées théoriques et pratiques de l'évêque d'Orléans en matière d'éducation et d'enseignement,!il nous faut donner quelques détails sur la composition et la publication de cet ouvrage pour en mieux faire apprécier la forme et le fond, les hauts mérites et aussi certains défauts.
Pendant de longues années l'éminent auteur le porta dans sa pensée: mais les travaux et les luttes qui remplirent sa vie ne lui permirent pas de l'écrire dans un tranquille loisir, et de fournir d'un trait cette grande course. Le plan et l'ordonnance générale du livre se ressentent de ces interruptions. 11 devait se composer de deux parties : De l'Education en général, et De la haute Education intellectuelle, et chacune de ces grandes divisions devait avoir trois volumes. Les deux premiers qui parurent, l'un en 1850, l'autre en 1857, retardé par toutes ces œuvres épiscopales que nous avons racontées, traitaient en effet de Y Education en général. C'est là surtout que l'évêque d'Orléans expose ses pius hautes et plus larges
vues. Le tome troisième, dont le sujet était les Hommes de l'Education, devait présenter un caractère plus spécial et plus directement pratique. L'évêque d'Orléans l'ajourna pour courir à la défense des Humanités alors discréditées et menacées, et il publia, en même temps que le second volume de {'Education en général, le premier de la U/fut< Education intellectuelle, qui a pour objet les Humanités. Puis les luttes pour la souveraineté pontificale étant venues à leur tour se jeter à la traverse de ce travail, l'évêque d'Orléans ne put donner au public qu'en 180c le volume des Hommes de l'éducation, troisième de la première partie, et en même temps le tome II de la seconde partie, qui traite de Y Histoire, de la Philosophie et des Sciences. A ce moment, la première partie est donc complète. Il ne reste plus qu'à terminer la seconde par une conclusion générale. L'évêque d'îlrléans publia ce dernier volume quelques années après, à un point de vue et sous une forme qu'expliquent, comme nous allons l'indiquer tout a l'heure, ses préoccupations de ce temps-là.
On peut dire que dans cet ouvrage l'évêque d'Orléans a versé sa tète et son eo^ur. On a écrit, avec un barbarisme heureux, que ce livre n'était pas seulement un livre pense, mais vécu1. En effet, il n'y a pas là simplement ses méditations, ses théories sur ce grand art; il y a aussi sa pratique, ses expériences ; ayant été toute sa vie, selon le mot si juste de .M. de Salvandy, depuis et même avant son sacerdoce, pendant vingt-cinq ans, « un corps enseignant à lui tout seul ».
« Ce livre, Monsieur, continuait M. de Salvandy, il ne faut pas vous attendre à ce que j'en parle froidement : il m'a été une consolation, une joie, un repos. Il est venu éclairer dans mon cœur mes sentiments envers l'enfance: dans ma raison, mes opinions sur l'homme; dans mon âme, mes espérances inépuisables à l'égard de mon pays et de l'humanité... Comme vous faites l'homme selon la véritable nature humaine, et par conséquent selon l'éternelle loi divine, vous le formez pour continuer la famille