‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 75 sur 231 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

avec honneur, la société avec dévouement, la patrie avec amour ».

Entrons dans les détails.

Dans l'introduction, que M. de Montalembert proclamait un chef-d'œuvre, l'auteur expliquait ses raisons d'écrire sur un tel sujet. A un moment de crise solennelle, où toute âme généreuse travaillait au relèvement de la France, il voulait y travailler, lui, en apprenant à élever la jeunesse, qui est l'avenir ; car, pour relever un pays, « il faut des hommes » ; or, « les hommes, c'est Dieu qui les donne, mais c'est l'éducation qui le> fait ».

Le tome. Ier renfermait cinq livres : le premier traitait de Y Éducation en général : là, du sommet où il se tenait, découvrant tous les horizons de son vaste sujet, il définissait l'éducation, et de cette définition déduisait tout son ouvrage. Pour lui l'éducation, c c'est l'art de faire des hommes », en d'autres termes, « c'est la continuation de l'œuvre divine dans ce qu'elle a de plus noble, la création des âmes ». Il en concluait qu'elle devait former l'homme, tout l'homme, et ne laisser aucune de ses facultés sans culture.

Voilà l'idée mère qui contient tout son système. La développant en détail, il établissait que l'éducation est : 1° une œuvre d'autorité et de respect, le maître et l'enfant y devant tous deux concourir ; 2° une œuvre de développement et de progrès ; 3° une œuvre de force ; 4" une œuvre de politesse; et cela, quelles que soient les formes diverses de l'éducation.

Le livre IIe traitait de Y enfant et du respect qui est dû à la dignité de sa nature. C'est ici que son amour pour l'enfant débordait; il l'avait étudié avec ces yeux illuminés du cœur, qui font tout voir, il le connaissait à fond. Nulle part il n'est plus lui-même que dans ces chapitres, intitulés : l'Enfant, ses qualités, ses défauts, ses ressources ; — l'Enfant, mes expériences ; — l'Enfant gâté, chapitre exquis; — l'Enfant, quelques conseils pour sa première éducation. Un critique, plus hostile que favorable, a reconnu là lui-

même « des vues dune justesse et d'une profondeur que peut seule donner l'expérience d'un prêtre ' .».

Le livre suivant, qui traite des Moyen* il' éducation, entrait à fond dans la pratique de l'œuvre. Ces moyens sont : la religion, la discipline, l'instruction, a laquelle il ne faut pas sacrifier l'éducation: les soins physiques. Ces movens, en effet, embrassent la nature de l'enfant tout entière, et n'en négligent aucun côté. C'est ici que, rencontrant l'absurde et désastreux système de Jean-Jacques, qui veut qu'on élève l'enfant jusqu'à vingt ans sans lui parler de Dieu, il l'écrasait.

Dans le IV livre, revenant à l'enfant, il traite du respect qui est dû à la liberté de sa nature, à la liberté de son intelligence, à la liberté de sa volonté , à la liberté de sa vocation.

Le Ve livre, enfin, traite des Diverses sortes (V éducation. A ce dernier point de vue il distinguait l'éducation populaire; l'éducation industrielle, commerciale, artistique: la haute éducation intellectuelle: mais il voulait pour toutes la même base, les mêmes principes moraux et religieux. L'idée capitale de ce livre était la distinction établie par l'auteur entre l'éducation essentielle et l'éducation professionnelle : « Ces deux éducations, disait-il, ne sont pas opposées l'une à l'autre; bien au contraire, elles se fortiîient, se perfectionnent, s'achèvent l'une par l'autre. Négliger l'une au profit de l'autre, ce serait les affaiblir, ce serait souvent les ruiner toutes deux a la fois, i c Mais, ajoutait-il, avec un sens profond, l'intégrité de l'éducation n'en réclame pas le dernier perfectionnement; et, de même qu'il y a dans le genre humain, dans la société, diverses classes d'hommes placés dans des conditions sociales différentes, il doit y avoir aussi diverses espèces d'éducations ayant certaines différences entre elles, quoique ayant toutes aussi ce fonds commun et essentiel qui, dans sa haute généralité, se doit trouver en toute bonne éducation. C'est par là qu'on élèvera l'homme pour la

1. M. Buisson, inspecteur général de l'instruction primaire, Dictionnaire de pédagogie.

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