CHAPITRE VIII
premier volume de îa seconde partie, ou de la Haute Education intellectuelle, avait pour sujet les Humanités ;tant attaquées à l'époque de la Révolution, elles étaient de nouveau en péril, menacées à la fois, comme nous l'avons dit, par l'invasion des sciences et par la bifurcation. Il fallait les défendre. L'auteur y expose les méthodes classiques traditionnelles : à ce point de vue, rien de plus lumineux, de plus utile, que ses conseils. Depuis, de profondes modifications, quelques-unes nécessaires, d'autres d'une utilité bien douteuse, ont été apportées à l'enseignement des langues et des littératures anciennes : l'avenir dira si l'éducation de notre jeunesse, si l'esprit français s'en trouvent mieux.
Le second volume traitait de l'Histoire, de la Philosophie et des Sciences. Ce volume répond suffisamment à ceux qui affecteraient d'enfermer l'évèque d'Orléans exclusivement dans les Humanités : il y développait des vues générales admirables sur ces trois grandes provinces de l'éducation intellectuelle et du savoir humain. Puis, redescendant de là dans les détails des questions, il en arrivait, sur la part qu'il convient de faire à ces diverses études, à des conclusions pratiques dont la sagesse et la mesure sont telles, que l'avenir, nous croyons pouvoir le dire, leur appartient. Voilà des écrits dont l'intérêt ne passe pas, et où les hommes que les questions d'éducation préoccupent, les pères de famille, tous ceux qui peuvent avoir à décider de l'avenir d'un jeune homme, trouveront toujours à apprendre. Ils sont même, dans leur partie théorique, d'une portée plus élevée et plus étendue ; car des vues que l'auteur expose, sur l'essence de la philosophie et des sciences, sur leurs rapports avec la foi, sortent, comme conclusions, ces grandes thèses qui sont les nôtres, à savoir l'accord, l'harmonie, dans une distinction réciproque, non seulement de la philosophie et des sciences positives avec la religion, mais encore de toutes les choses humaines avec les choses divines, avec le christianisme.
Le troisième volume paraissait sous une forme particulière, avec le titre de Lettres aux hommes du monde
sur les études qui leur conviennent. Et voici pourquoi. Dans les lutles qu'il soutenait alors contre l'impiété, dont il signalait à la jeunesse et a tous les progrès menaçants, Pévêque d'Orléans avait été frappe du péril particulier qui naît, dans une telle situation, des études mal faites et surtout de l'oisiveté intellectuelle. Un esprit mal armé contre les sophismes partout répandus, comment résistera-t-il ? mais aujourd'hui la jeunesse, comment est-elle armée pour traverser cette crise de la foi? Ces chers jeunes gens à qui M. de Montalembert disait, avec un poète :
Donnez-moi vos vingt ans, si vous n'en faites rien !
Qu'en faisaient-ils? Rien, en effet, la plupart du temps. Quelle déperdition lamentable de facultés, de talents et de vies ! Même les hommes qui l'ont quelque chose, qui ont une carrière, tirent-ils d'eux-mêmes tout ce qu'ilsdevraient donner? Préoccupé de ces pensées, et pour combattre ces périls, Pévêque d'Orléans lit deux choses : d'abord, il eut l'inspiration de créer, dans sa ville épiscopale, une Académie, c'est-à-dire un actif loyer d'études et de travaux. Non qu'Orléans manquât de sociétés savantes : Orléans est une ville lettrée; mais à côté de sa Société Archéologique et des autres, il y avait place encore pour une Société, moins spéciale, plus ouverte, embrassant dans son large programme des matières variées, et surtout ayant un esprit non seulement chrétien, mais apologétique. Il fut compris : une élite de jeunes gens et d'hommes distingués répondit a son appel; il offrit pour lieu des séances son évéehe, et comme la Société nouvelle naissait à l'ombre pour ainsi dire de sa cathédrale, il lui en donna le nom : il l'appela l'Académie de Sainte-Croix; il en accepta la présidence honoraire, l'inaugura lui-même, dans un discours élevé et délicat ou levêque et l'académicien se faisaient sentir au même degré; puis il la laissa aller ellemême. En même temps, pour lui donner l'impulsion, en lui ouvrant des horizons et des vues, et surtout, dans une pensée plus large, pour secouer, dans une portion trop nombreuse de nos contemporains, cette torpeur intellectuelle qui le faisait gémir, il adressa au président de la