Lettre à M. l'abbé Lagrange
les Lettres françaises. L'Eglise a donc sa place naturelle à l'Académie. Le souffle qui avait passé sur la France en 1830 avait pu un moment emporter ces souvenirs : les sympathies reconquises par l'Eglise les ramenaient comme d'eux-mêmes. On pouvait regarder comme un des bénéfices de l'attitude prise par cette partie du clergé et des catholiques que représentait l'évèque d'Orléans les dispositions nouvelles, et favorables à l'Eglise, qui régnaient maintenant dans celte illustre compagnie littéraire.
Au reste, le prince ne pouvait voir avec déplaisir une candidature si justifiée. Lorsque, en 1852, M. Vitet était allé lui faire connaître l'élection de MM. Alfred de Musset et Berner : « J'ai lu, dit le prince, les livres de M. Alfred de Musset, mais je crois que M. Berryer n'a rien écrit. — C'est vrai, répondit M. Vitet : c'est le grand orateur que nous avons nommé. — Et vous avez très bien fait! Mais, continua le Président, je trouvé qu'il manque quelque chose à l'Académie. — Quoi donc, prince? — Il vous manque un orateur sacré. — C'est vrai, dit M. Vitet : qui donc nous faudrait-il? Par exemple, l'évèque d'Orléans? — Mais oui, dit le Président; certainement. » Et, après une pause : «Et pourquoi pas l'abbé de Piavignan '? » On a donc eu raison de le dire : « Le P. de Ravignan n'avait qu'à se laisser faire, et il était académicien2. » Mais l'humble religieux ne voulut être que jésuite. Quand il s'agit au contraire de son cher évèque d'Orléans, il ne vit qu'une chose : l'éclat qui en rejaillirait sur l'Eglise.
Ce fut M. le duc de Xoailles qui eut l'honneur de lui faire les premières ouvertures par une lettre que terminaient les paroles suivantes : « Il serait heureux pour la religion, Monseigneur, honorable pour l'Académie, et précieux pour les amis que vous y comptez, de vous y voir siéger au milieu de nous... »
M. le duc de Xoailles exprimait par ces dernières paroles la vraie raison qui ne pouvait permettre à un evèque aussi zélé pour la gloire de la religion de se refuser obstinément
1. Lettre de M. l'abbé Debeauvais à l'évèque d'Orléans, 1er mars 1852,