‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 85 sur 231 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

à un honneur qui devait rejaillir sur elle. Et de plus, que l'évêque d'Orléans succédât à M. Ancelot, ce qui ne fut pas, ou à M. Tissot, dont il occupa en effet le fauteuil, c'était là chose « insignifiante » : en réalité il succédait à Msr de Quélen ; car c'était l'évêque, lettré sans doute, mais l'évêque que l'Académie choisissait pour renouer en sa personne la chaîne, interrompue depuis la mort de M?r de Quélen, des évêques membres de l'Académie, et renouveler au sein de la première société littéraire de la France et du monde l'antique alliance de l'Eglise et des Lettres. Telle était la haute signification de son élection. La médiocrité du prédécesseur réel ne la faisait que mieux ressortir encore. Il y avait du reste entre M&r de Quélen et lui des analogies qui n'avaient point échappé à l'Académie, et que son interprète, M. de Salvandy, fit délicatement ressortir dans sa réponse au nouvel élu : cM. de Quélen, lui dit-il, fut le dernier évèquequi siégea dans cette enceinte: prélat de glorieuse et intrépide mémoire, qui vous fut cher, dont vous avez dignement raconté les héroïques vertus le jour où vous preniez votre charge pastorale, en lui dédiant votre episcopat ! Il est ici votre véritable prédécesseur, et l'on dirait que cela devait être ainsi, car il fut pour vous ce que le vénérable cardinal de Périgord avait été pour lui. Il distingua votre enfance, il encouragea votre vocation, il dirigea votre sacerdoce. Saint-Sulpice, ou il avait été formé lui-même, comme presque tout î'episcopat français, Saint-Sulpice, où le savoir s'égale à un zèle apostolique qui n'a failli dans aucune épreuve, lui promit en vous une lumière de I Eu lise. »

Il fut élu le 18 mai 1854, au premier tour de scrutin, par dix-neuf voix sur trente-deux votants, et reçu le 9 novembre 1854.

Ce fut une séance particulièrement mémorable, un grand jour pour la religion et pour les Lettres : de belles choses y furent dites à leur commun honneur, et dans le plus magnifique langage. Rarement du reste la coupole de l'Institut avait vu réunie sous ses voûtes plus nombreuse et brillante assemblée. Entre M. de Montalembert radieux, et M. le comte Mole, ses parrains,

apparut le nouveau récipiendaire, « dont le maintien digne et plein de modestie, la figure ouverte et respirant une rare bonté, eut bientôt captivé l'auditoire J». Le sujet du discours était tout indiqué par ce qui avait fait cette élection : l'alliance de la religion et des Lettres. Dans les brillants développements qui! donna à cette pensée tour à tour apparaissait l'éducateur de la jeunesse, proclamant qu'elle avait été son premier amour, et qu'elle en serait le dernier; le défenseur des Lettres humaines, en montarant l'harmonie avec les Lettres sacrées, et les rattachant à la même origine qui est Dieu; enseignant à saisir dans leurs grands interprètes les cris révélateurs de l'âme humaine, et l'expression impérissable des éternelles veri - ; le moraliste profond qui, en rattachant le dictionnaire tout entier aux fondements mêmes de l'ordre moral, avait vu, d'un coup d'œil si pénétrant, la chaîne cachée qui iieaux mots lès choses, et quelquefois aux choses d'un pays celles du monde; Pévêque enfin et surtout; Févêque, préoccupe des âmes jusque dans un discours académique : y laissant éclater, avec son art de les traiter, cette large condescendance, qui n'est pas l'indifférence, mais la charité; noble et évangélique sentiment dont il était animé pour son siècle, et d'où lui venaient ces vives sympathies que son siècle lui renvoyait.

a Les Lettres sont l'expression même de l'esprit humain tout entier, parce qu'elles ne revêtent pas seulement des formes du langage les idées abstraites de l'intelligence et les conceptions de la raison pure, mais parce que, dans Tordre moral comme dans Tordre physique, elles reproduisent aussi la beauté telle qu'elle se montre à l'imagination, avec son plus ravissant idéal: parce qu'elles savent se rendre les interprètes de tout ce qu'il y a de plus élevé, de plus grand, de plus vertueux dans les sentiments du cœur humain : parce que, enfin, c'est par elles que le vrai, le beau, le bien, tels que la main divine les imprima dans l'âme de l'homme, trouvent au dehors leur manifestation la plus éclatante et la plus parfaite. »

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