‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 87 sur 231 · CHAPITRE TOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TOI

source des grands mots s'altère dans un pays et dans un siècle.

» Mais Dieu ne le permet que pour un temps, et pour châtier les nations qui ont trahi la vérité et la justice.

» Tôt ou tard le dictionnaire finit par se réconcilier avec le bon sens.

» Mais, ce qu'il faut savoir, c'est que ce n'est jamais sans une grande souffrance au sein de l'humanité que les idées sur lesquelles la société repose viennent à être troublées, et que les idées fausses, qui leur sont contraires, usurpent leur place. Pour que l'idée vraie rentre alors dans ses droits, il faut parfois l'intervention du ciel même ; il y fallut un jour une révélation, un Jésus-Christ, des apôtres et des martyrs : le triomphe de la vérité est à ce prix. »

Ainsi, au commencement de ce siècle, on n'osait pas même prononcer le nom adorable de Dieu à l'Académie : ce jour-là un évèque y proclama Jésus-Christ !

Il fallait bien en arriver à l'éloge obligé de son prédécesseur. C'était déjà un éloge indirect de M. Tissot, qui devait tout à Virgile, que ce nom et ces beaux vers de Virgile partout répandus dans le discours du récipiendaire ; mais, enfin, il fallait aborder cet honnête latiniste lui-même, qui avait été terroriste dans sa jeunesse, et voltairien toujours. On se demandait comment l'évêque franchirait ces deux écueils. II franchit le premier avec Virgile :

* Virgile ! qui inspirait à M. Tissot un retour si naturel sur lui-même et sur l'emportement des temps qui venaient de finir, par ce vers si touchant de sa première églogue :

En quô discordia cives Perduxit miseros !

» Virgile! où il lut le dégoût des agitations populaires, inscummque forum, presque toujours accompagnées de ferrea jura... »

Rien de plus, et il passait, comme d'un coup d'aile : et de même de M. de Salvandy ; et quant au second écueil, quant au voltairien :

« Je parle ici, disait l'évêque, devant des hommes à qui

l'expérience de la vie a enseigné ce qu'elle m'a appris à moi-même, et l'on me croira si je dis qu'en lisant les ouvrages de mon prédécesseur, je n'y ai point cherché nos dissentiments : c'était au moins inutile. Je n'aime point la contention avec les vivants : j'en aurais horreur avec ceux qui ne sont plus. Non. j'ai cherché dans M. Tissot ce qui aurait pu être notre rapprochement possible, s'il m'avait été donné de le rencontrer en ce monde.

» J'ai fait avec lui ce que je fais avec toute àme qu'il plaît à Dieu de placer sur ma route : ce que je cherche d'abord, ce n'est pas ce qui sépare, mais ce qui rapproche ; ce n'est pas la querelle, c'est l'accord ; ce sont les points de départ communs ; puis, j'aime alors à marcher de concert à la conquête d'un accord plus parfait dans la vérité. »

Nulle parole de Févêque ne souleva de plus unanimes et enthousiastes applaudissements que ce passage. Et comme ces applaudissements saluaient les sentiments qui avaient toujours été les siens, dans les luttes publiques comme dans la vie privée, la conduite qu'il eût voulu faire prévaloir dans le clergé et parmi les catholiques, il fut démontré avec éclat ce jour la par quelle attitude en effet l'Eglise peut appeler à elle les meilleures sympathies de la France, ou s'attirer au contraire une assurée et redoutable impopularité.

Et dans le courant de cette belle harangue académique, qui allait coulant comme un fleuve, que de traits (ins et charmants, que d'allusions prumplement saisies par cet auditoire, le premier du monde par l'intelligence, le tact et le goût ! Quand, par exemple, le reconnaissant évèque s'écriait : « Les serviteurs de Dieu sont nombreux sur la terre ; et, à toute heure du temps, aux époques de grande rénovation sociale, il y en a plus qu'on ne le voit, plus qu'on ne le sait, qui travaillent par ses ordres, pour sa gloire, à leur insu : seulement, il faut prendre garde de jamais les insulter ! » Quel remerciement, quel encouragement délicat à plus d'un membre de FAcadémie ellemême, dont chacun des auditeurs prononçait le nom tout bas ; et quelle leçon à d'autres !

La réponse de M. de Salvandy égala, si elle ne surpassa

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