CHAPITRE YÏII
pas ce discours. Il ne le dissimula pas : « C'est, en effet, l'évêque, dit il, que nous avons appelé au sein de l'Académie, l'évéque respectable et cher à l'Eglise, toujours prêt à combattre comme un soldat, je me trompe, comme un pontife, pour sa cause ; et en même temps nous avons voulu honorer en vous le disciple, le maître enthousiaste de ces belles études qui sont le plus noble instrument de l'homme et le plus puissant. »
Avec lui donc, M. de Salvandy proclamait de nouveau la nécessaire alliance de la religion et des Lettres ; et cela en des termes qui méritent d'être cités après les siens :
« Oui, la religion et les Lettres doivent être unies; ce sont deux puissances des régions spirituelles, quoique diverses ; toutes deux se servent de la pensée et de la parole pour entraîner et gouverner le monde : l'une qui vient tout droit de Dieu ; l'autre qui n'en vient que par le détour de la liberté de l'homme, tout ensemble capable des plus grands essors et sujette à tous les vents de la passion et de l'erreur ; par cela même s'applaudissant, quand elle est sensée, de trouver un point fixe, dans l'ordre religieux, pour s'y appuyer, et affermir ainsi le sol sous les pas des peuples, au lieu de s'employer follement à l'ébranler ! »
Et, insistant sur ces pensées, il ajoutait : « Il faut le dire aux préjugés qui ont été si funestes et qui luttent encore : quelque chose manque dans une société civilisée, partout où la religion est absente. L'homme est incomplet et mutilé, quand ce sentiment, ce principe, cette clarté, sont étouffés et sommeillent en lui. L'esprit humain, loin de s'élever plus haut, on l'a trop vu, se corrompt et s'abaisse quand il abjure cette salutaire assistance. La patrie n'a ni toutes ses forces, ni toutes ses lumières, ni toutes ses grandeurs, quand il lui arrive, par peur ou passion, de ne pas se faire honneur de cette grande hiérarchie que l'histoire appelle l'Eglise de France, et qui a été une part si considérable de sa puissance et de son génie. Ceux qui appuient de l'intérêt des libertés humaines ces aveugles répudiations, n'ont qu'à regarder autour d'eux. Les grands exemples du monde, par ce qui a péri, par ce qui a vécu, attestent qu'il faut les fortes institutions relig.euses
aux fortes institutions politiques, quand on les veut durables. »
Puis, M. de Salvandy, arrivant au récipiendaire luimême, retraçait sa rapide et brillante carrière, et, après avoir fait ressortir délicatement ce qu'il y avait d'analogies entre M?r de Quélen et lui : « Aujourd'hui, poursuivait-il, vous venez le restituer à l'Académie, veuve trop longtemps de grands et doctes pontifes. Renouez, Monsieur, renouez avec confiance la chaîne interrompue: elle ne pouvait se rétablir (j'emploie votre image) par un plus digne et plus ferme anneau ; car il est trempé tout à la fois aux eaux vives de la religion, aux pures sources des Lettres ; et la religion ne l'a prêté aux Lettres qu'en le gardant tout entier. »
Du grand ouvrage sur V Education, « ce monument de la plus haute pédagogie qui fut jamais, » disait-il, M. de Salvandy faisait le plus splendide éloge ; mais ses plus beaux traits, semblait-il, c'était pour peindre l'évèque d'Orléans lui-même qu il les avait réservés :
« L'administration facile, vive, qui donne sans compter, est une des qualités de vos écrits que je devrais dire noble, belle, que j'appellerai charmante. 11 est si rare de savoir cette chose si simple ! C'est qu'il y faut un esprit désintéressé de soi et un cœur intéressé aux autres. Vos travaux de l'ordre le plus sévère trahissent partout cette heureuse disposition. Un autre s'y révèle qui a peu cours aujourd'hui, et qui, en effet, devait se conserver au pied du sanctuaire, c'est l'inspiration, l'enthousiasme, ce que vous venez de nommer le (eu sacré, cette llamme naturelle qui vient de l'àme ou du cœur, en perpétue la jeunesse!... L'enthousiasme a un mérite, c'est de ne visiter que des esprits ou des cœurs élevés, et de ne naître que de nobles amours, de celui, par exemple, des bonnes causes, joint à la foi en leur puissance... Vous ne méprisez pas les hommes : vous augurez bien de notre temps, malgré sa part des misères du monde. Fils très aimé de celte Savoie de saint François d^ Sales, que nous n'avons pas restituée tout entière en 1815, car nous vous avons gardé, vous attendez beaucoup de notre patrie : vous l'aimez passion-