‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 90 sur 231 · AUX PORTES DU CIEL · texte numérisé non relu

AUX PORTES DU CIEL

De pied en cap armée, au seuil du Paradis, Agitant devant elle une touffe de lis, Une sainte priait, et regardait la terre. Geneviève survint, et lui dit : « 0 guerrière, Loin de nos chœurs sacrés que faites-vous céans? » Jeanne lui répondit de sa voix douce et fière: « J'attends l'évêque d'Orléans. »

Antoine de Latour1.

Les grandes mémoires aussi, pour un peuple qui comprend la gloire, sont des monuments et de tous les plus sacrés et les plus chers. Il y a dans nos annales un nom qui appartient, on peut le dire, à Orléans, nom qui est devenu inséparable du sien, et qui, depuis quatre siècles, vit, immortel, au cœur de cette cité généreuse: une figure dont la beauté pure et douce rayonne d'un éclat sans pareil ; une héroïne que la poésie envie à l'histoire : c'est la Pucelle d'Orléans, c'est Jeanne d'Arc. Dès que la Providence eut lié sa destinée à celle de cette noble ville,

1. Le Tombeau de MrJr Dupanloup, p. 158. Orléans, chez Herluison.

vers cette héroïne, qui est en même temps une sainte, le nouvel évéque d'Orléans tourna ses regards; à elle toute son àme fut pour ainsi dire ravie ; et des les premières paroles qu'il adressait a ses diocésains, il la saluait avec enthousiasme. Trop d'analogies existaient entre elle et lui pour qu'il n'en fût pas de la sorte ; par sa pureté sans tache, sa tendre piété, son intrépidité chevaleresque, son douhle amour de Dieu et de la patrie, et cette auréole de martyre qui couronne toutes ces gloires, la vierge de Domrémy devait parler au cœur de cet évéque, si pieux et pur aussi, et si vaillant, dont la vie s'est consumée, comme celle de Jeanne, au service de l'Eglise et de la France: el il était réservé à ce prince de la parole d'élever à l'héroïne, par son éloquence, un monument plus durable que le bronze et l'airain.

Mais, avant de raconter comment il fut amené à prononcer ce panégyrique qui fait époque dans l'histoire d'Orléans et dans la sienne, il est nécessaire d'expliquer ses rapports avec ses diocésains, avec les autorités civiles et administratives de sa ville épiscopale, et aussi son attitude vis-à-vis des pouvoirs publics : cet évéque, d'ailleurs, qui a tant fait pour les meilleurs intérêts de son pays, et dont les dernières années ont été employées à le servir dans les assemblées politiques, ou ses diocésains l'envoyèrent, n'appartient-il pas presque autant à la patrie qu'a l'Eglise?

Son patriotisme d'abord, nous l'avons vu, s'était allume au foyer de l'ancien légitimisme : tous ceux qui l'aimèrent ou qu'il aima, tous ceux qui protégèrent sa jeunesse, étaient des serviteurs dévoués de la monarchie revenue de l'exil après les désastres de la patrie et de l'Eglise : celle flamme ne s'éteignit jamais dans son àme; mais, prêtre avant tout, il ne fut jamais ce qu'on appelle un homme politique, ou, pour parler plus justement, un homme de parti : le service de l'Eglise et des âmes, qui au fond ne peut que s'accorder toujours avec le devoir patriotique bien compris, domina en toute occasion sa conduite. C'est pourquoi, ni sous la monarchie de Juillet, ni sous la Ré-

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