‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 91 sur 231 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

publique de 1848, ni sous l'Empire, il ne fut, à proprement parler, un homme d'opposition, excepté quand il fallait combattre pour les intérêts catholiques; et moins que jamais, lorsqu'il fut devenu évèque ; car, il faut bien le comprendre, autres sont ici les droits des simples fidèles, autres les devoirs des évèques pasteurs des peuples. L'Eglise, dans un temps et dans un pays de révolutions, les laisse passer sans y prendre part; elle subit les gouvernements que les conflits des hommes amènent, mais ne descend pas dans l'arène des partis, ni ne s'inféode à aucun ; et elle poursuit à travers tout, sur cette scène mobile, son œuvre éternelle, l'œuvre des âmes. Ce n'est pas là indifférence ou scepticisme, mais sagesse et nécessité. Par elle-même, cette obéissance aux pouvoirs n'implique la proclamation ni l'abdication de rien; c'est simplement l'obéissance. L'Eglise peut donner plus, mais ne doit pas plus à un gouvernement. Le degré de sa sympathie dépend, évidemment, de celle qu'on a pour ellemême. Elle n'est ni factieuse, ni ingrate; mais il importe qu'elle reste digne.

C'est ce que fut l'évêque d'Orléans en face du coup d'Etat. Certes, ce n'était pas là le dénouement qu'il souhaitait. Pour lui, la sécurité, la stabilité et le salut définitif de la France, était dans un principe, non dans un coup de force heureux ; et, tandis que des démarches étaient tentées par les hommes politiques auprès de M. le comte de Chambord, maître de ses préférences, il faisait des vœux pour la fusion, préliminaire indispensable à ses yeux, non en droit, mais en fait, d'une restauration; et, dès ce moment, il déplorait, comme il le fit plus tard, les exigences qui, de part et d'autre, mettaient obstacle à un acte qui eût doublé, en les ralliant, les forces divisées du parti monarchique.

Telles étaient, au moment du coup d'Etat, les pensées de l'évêque d'Orléans. Le 2 décembre le jeta dans une profonde angoisse, et dans ses notes intimes il s'est épanché en réflexions douloureuses sur « la part de la force dans les choses humaines » ; sur « ces coups de vent qui abattent toute une nation aux pieds d'un homme». Il

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était alors à Paris. Consulté par M. de Montalembert, il lui avait conseillé, ainsi que le P. de Ravignan, de ne point adhérer avec éclat au 2 décembre. Et quant à lui, heureux de n'être pas, comme quelques-uns de ses amis, obligé de jouer un rôle sur ce périlleux théâtre des drames politiques, il rentra à Orléans, plus avide que jamais de se plonger dans la solitude et le travail pour Dieu. Evèque, oblige de tout subordonner à sa mission épiscopale, — c'est un hommage que la presse hostile elle-même a été forcée de lui rendre, — « il sut garder sa dignité et se renfermer dans les devoirs de sa charge1. » De retour de Paris, le 6 décembre : « Ce qu'il me faut, écrit-il, c'est de vivre comme dans une Thébaïde, loin de tous ces bruits et de ces agitations, uniquement occupé a l'œuvre de Dieu. » Il ajoute : « Quelle joie et quelle douceur de cette solitude, de cette paix, de ce silence, de mon travail repris, et de sainte Thérèse ! » En effet, il lisait, avec un charme infini, sainte Thérèse, et écrivait, nous le dirons, la vie d'une sainte carmélite française, Mme Acarie, en même temps qu'il poursuivait, avec l'ardeur que nous avons vu, toutes ses œuvres diocésaines.

Il se tint donc debout, calme et digne. Après le plébiscite du 20 décembre (non après le coup d'Etat), le nouveau pouvoir demanda des prières au cierge, comme avait l'ait la République elle-même; l'évêque d'Orléans se contenta de transmettre officiellement ces demandes officielles. Parut le décret du 23 janvier 1852, qui confisquait les biens de la famille d'Orléans, on disait qu'une part en serait affectée à l'augmentation du traitement des évèques : « Je ne puis assez dire, s'écria l'évêque d'Orléans à cette nouvelle, mon mépris pour ce cadeau. » Et entrevoyant là une compromission redoutable pour le cierge, il ne put se défendre d'une initiative dont la hardiesse est voilée à peine par l'extrême convenance du langage; il écrivit au Président :

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